J'avoue que je ne suis pas homme de structure, j'aime la déconstruction... mais comme on est pas en peinture, ça ne marche pas très bien ici. Je l'ai déjà dit dans un autre sujet, je suis un scientifique, je ne connais pas tous les rouages de la forme.
Je vais donc répondre à Cephalyx qui a donné une argumentation :
Vous me dîtes que les dysfonctionnements internes se sont grandement améliorés alors que je disais que le vrai problème de l'armée était qu'elle ne s'adaptait pas assez vite au évolution de la société.
Je suis d'accord avec vous, il y a eu d'énorme progrès en matière de mentalité depuis ces derniers temps, mais je maintiens que ce n'est pas encore assez.
Je vais prendre un exemple, le temps de travail des militaires.
Normalement, avec la directive européenne 2003/88/CE, les militaires ne devraient pas travaillés 24 heures sans au moins 11 heures de repos consécutives pour tous ce qui est mission routinière. (Opérationnel ou non-opérationnel n'est pas la question, tant que la sécurité de vie humaine ou de la nation n'est pas en cause, cette directive s'applique). Pourtant, dans le RSI de l'armée de terre, il est marqué que les gardes régimentaires se font sur des périodes de 24 heures.
Puisque que ce sont des périodes d'astreinte sur base, elles sont comptés comme 24 heures de travail effectifs, mais sans les 11 heures de repos consécutifs.
L'armée de terre n'a donc pas respecté une directive européenne signé par la France depuis plus de 10 ans (dans la gendarmerie, elle a été transcrite en 2016 donc on est aussi largement hors délai). Si à cela vous rajouter que le militaire du rang est payé 30 euros environs pour les tours de garde le week end et les jours fériés, cela signifie que le planton qui se pèle les miches dehors est payé 1.25 euros de l'heure.
D'ailleurs, le conseil d'état à mis en garde la gendarmerie de se dépêcher dans la transcription de cette directive :
http://www.opex360.com/2016/10/27/la-directive-europeenne-sur-le-temps-de-travail-degrade-la-capacite-operationnelle-de-la-gendarmerie/
Donc l'armée ne suit pas l'évolution de la société civil qui paye 1.5 fois le travail du dimanche avec un temps de récup équivalent au temps travaillé.
Des progrès sont donc encore possible sur bien des domaines, et l'armée n'est pas réactive au changement qu'elle devrait opérer, elle préfère être contrainte que de prendre des initiatives.
Pour ce qui est des moyens matériels et humains, le budget de la défense est voté une fois par an par l'assemblé nationale, mais c'est surtout le livre blanc qui distribue les deniers suivant ses recommandations. Le livre blanc à beau être écrit par des politiques, il l'est quand même en concertation avec des militaires pour être le plus objectif possible. Tous le monde voudrait plus de moyen pour sa paroisse, et c'est normal que ce soit au politique de trancher. Je suis donc partiellement d'accord avec vous, c'est le politique qui tranche les budgets mais sur recommandations des militaires.
Pour ce qui est de la mise à l'emploi des forces, c'est le président de la république qui, en dernier ressort, décide quoi faire des armées. Encore une fois je suis d'accord avec vous que c'est le politique qui gère l'emploi des forces.
Par contre, pour ce qui est du cadre réglementaire, je suis en total désaccord. Je parlais supra du règlement de service intérieur de l'armée de terre qui est censé s'appliquer à toute formation appartenant à cette armée. Pourtant dans mon régiment, le chef de corps a pondu un RSI ex nihilo en y mettant de tout et du n'importe quoi.
C'est pour cela que chez moi, les punis de jours d'arrêt grattent la place d'arme au couteau les soirs et le week-end, alors que ce n'est pas expressément autorisé par le décret en conseil d'état qui régit l'application des jours d'arrêt. (depuis 2005 ce traitement n'est plus censé être d'actualité)
Le cadre réglementaire n'est pas définit dans sa globalité par le politique, mais aussi par les chefs intermédiaires.
Nous arrivons donc au manque d'attractivité des armées "marginale". Sur certains experts, ils savent les retenir avec par exemple le lien au service. Un pilote de chasse doit s'engager à rester 10 ans au moins pour rentabiliser sa formation sous peine de devoir la rembourser en partie. C'est sur que pour un expert qui n'a pas été formé par l'armée, qui n'a donc pas de lien au service, et qui sera moins bien payé que dans le civil, cela va être compliqué de le faire rester pour la grandeur des armes de la France... Nous sommes donc d'accord sur ce point, même si des solutions existent et son déjà en place.
Pour ce qui est des personnels peu ou mal qualifiés qui trouveraient une "chance" d'avoir un travail avec un salaire décent, je ne suis pas d'accord. Penser comme ça revient à espérer avoir une population de "gamellard" pour pouvoir combler les besoins en main d’œuvre. A mon grand regret, la plupart des gens qui signent après 5 ans sont des gamellards, c'est à dire une personne qui fait acte de présence pour avoir sa solde et qui ne cherche pas à s'investir dans son métier.
Alors que d'un autre coté, ceux qui se sont engagés avec de réelles convictions sont déçus et s'en vont à la fin du premier contrat, alors qu'il apportait une plus-value dans leurs fonctions. En plus, ces gens là sont plus sollicités que les autres sans pour autant avoir de contrepartie, et ils se rendent compte que ce sont les crevures qui sont laissés tranquilles puisqu'elles sont moins facilement commandables.
Nous arrivons à la fin à un cercle vicieux qui fait que la qualité des personnels anciens devient de plus en plus mauvaise et que rien n'est fait pour remédier à ça. Les bons se rendent comptent de leurs valeurs et vont tenter leurs chances dans le civil, tant mieux pour eux, mais tans pis pour l'armée.
Pour donner quelques chiffres, dans mon régiment, cette année il est prévue de recruter 303 personnes. C'est à dire plus d'un quart de l'effectif au DUO en militaire du rang. Sachant que la majeur partie des contrats sont en moyenne pour 5 ans et en supposant que le volume entrant d'EVAT est équitablement réparti sur chaque année, normalement le renouvellement de l'effectif ne devrait pas dépasser 1/5 du total de l'effectif. Cela témoigne quand même d'une mauvaise retenue des effectifs et est donc le prodrome d'un malaise dans la condition militaire.
En conclusion, je dirais qu'il est plus facile de dire que c'est la faute du politique, qui, au-dessus, ne prend pas les bonnes décisions, plutôt que d'assumer que nous sommes acteurs de nos échecs, à tous les niveaux.