https://www.opex360.com/2026/08/30/la-flotte-dhelicopteres-de-la-gendarmerie-nationale-est-dans-une-phase-de-grande-vulnerabilite-previent-le-senat/
La flotte d’hélicoptères de la Gendarmerie nationale est dans une phase de «grande vulnérabilité», prévient le Sénat
Ces dernières semaines, les fragilités de la flotte aérienne mise en œuvre par la Sécurité civile ont été mises en lumière lors des importants incendies survenus en Gironde, dans le Var, dans les Landes ou encore à Fontainebleau.
Ces débats ont occulté l’état préoccupant des Forces aériennes de la Gendarmerie nationale [FAG], décrit dans un rapport publié par le Sénat peu avant la trêve estivale. Et cela alors que le Livre blanc de la Sécurité intérieure de 2020 et la Loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur [LOPMI] avaient insisté sur la nécessité de renouveler ses moyens.
Ainsi, selon ce rapport, la flotte des hélicoptères de la Gendarmerie nationale, capacité «étatique essentielle» est entrée dans une phase de «grande vulnérabilité», sa situation «réelle» étant «beaucoup plus fragile que ne le laisse penser l’inventaire théorique».
Au 1er janvier, les FAG comptaient, sur le papier, cinquante-six hélicoptères, à savoir vingt-six AS350 Écureuil, quinze EC-135 et quinze EC-145. L’un d’eux – un EC135 – a été perdu accidentellement dans le Loiret, en juin dernier.
En 2025, ces aéronefs ont effectué 15 748 missions, qui ont représenté l’équivalent de 17 004 heures de vol [soit un décollage toutes les 30 minutes par tranche de vingt-quatre heures].
Dans le détail, cette activité a porté sur la protection/assistance [28 %], la préparation opérationnelle [28 %], la sécurisation et le maintien de l’ordre [17 %], les enquêtes [13 %], la défense de zone [7 %] et la logistique [7 %].
Seulement, le taux de disponibilité technique de ces hélicoptères est en fort recul depuis quelques années.
Celui des AS350 Écureuil, qui sont les plus anciens de la flotte, avec un âge moyen de quarante ans, est passé de 69,7 % en 2018 à 43,7 % en 2025.
Cette tendance est la même, à un degré moindre, pour les EC-145 [de 73,8 % à 66 %] ainsi que pour les EC-135 [de 83,1 % à 72,3 %].
«Dans ces conditions, le nombre d’hélicoptères effectivement disponibles en moyenne annuelle est à ce jour d’environ 34, soit un ratio moyen d’un hélicoptère pour trois départements», constate le rapport sénatorial.
La situation est critique pour les AS350 Écureuil, confrontés à des problèmes de corrosion, à la «multiplication des arrêts techniques» et à un maintien en condition opérationnel rendu plus difficile à cause de la raréfaction de certaines pièces. D’ailleurs, huit appareils ont d’ores et déjà été retirés du service. Et la «réforme» de cette flotte devrait «intervenir entre 2028 et 2030».
Quant aux EC145, leur emploi intensif pour des missions en haute montagne et en outre-mer fait qu’ils s’usent rapidement. «Ils subissent des arrêts techniques non programmés plus fréquents et un allongement de leurs visites périodiques» et «leurs performances se trouvent déjà trop contraintes dans les environnements les plus exigeants», indique le document.
«Les difficultés sont particulièrement sensibles en haute montagne. Les effets combinés de l’altitude, de la température, du vent et de la charge réduisent les marges de puissance disponibles, conduisant à limiter l’emport, à multiplier les rotations ou à renoncer à certaines configurations d’intervention», poursuit-il. Aussi, leur retrait devrait être effectif à l’horizon 2033.
Enfin, plus récents, les EC135 sont dans une position plus favorable étant donné qu’ils sont surtout utilisés pour des missions – moins exigeantes – d’observation, de recherche et de renseignement. Mais leur retrait progressif du service est programmé en 2035.
Reste que les «fortes tensions» sur le nombre d’hélicoptères disponibles «ont déjà conduit à des fermetures temporaires de sections aériennes», souligne le rapport. Ce qui est le cas des bases de Limoges, d’Égletons ou d’Amiens, de même que celui de plusieurs bases de montagne, comme celles de Digne-les-Bains, de Briançon et de Modane. «Ces interruptions imposent de solliciter les bases voisines, d’allonger les délais d’intervention ou, éventuellement, de reporter certaines missions sur d’autres administrations», explique-t-il.
Cela étant, les FAG doivent disposer de nouveaux appareils, à savoir dix H160 et seulement six EC-145D3.
Seulement, ces hélicoptères sont encore loin d’être pleinement opérationnels et les quelques exemplaires déjà livrés vont compliquer le maintien en condition opérationnelle de la flotte des FAG puisque celle-ci fait désormais cohabiter cinq modèles d’aéronefs différents.
«La prolongation de cette situation constituerait toutefois un facteur majeur de complexité. Chaque type d’appareil forme en effet un environnement technique propre. Il suppose un marché de maintien en condition opérationnelle, des procédures, des outillages et des stocks de pièces spécifiques. Il requiert également des qualifications distinctes pour les pilotes et les mécaniciens, ainsi que des formations et des entraînements», prévient le rapport. En outre, poursuit-il, «ces coûts fixes sont d’autant moins bien amortis que le nombre d’appareils est réduit».
Qui plus est, cette situation est susceptible d’affecter la sécurité des vols dans la mesure où la «coexistence de procédures, d’ergonomies et de performances différentes accroît la charge pesant sur les personnels, notamment lorsqu’une unité doit se former sur une nouvelle plateforme parallèlement à ses missions sur un autre appareil, ou recevoir temporairement un appareil différent de celui qu’elle utilise habituellement».
Quoi qu’il en soit, même avec les livraisons prévues de dix H160 [ceux déjà livrés ne possèdent pas encore l’intégralité de leur système de mission…] et de six EC-145D3, dix sections aériennes de la Gendarmerie sont susceptibles d’être mises en sommeil à partir de 2028 si les AS350 Écureuil ne sont pas remplacés d’ici-là. Et ce ne serait qu’un début…
«À compter de 2032, la disponibilité des pièces des EC145, comme le coût de leur maintien en condition opérationnelle difficilement soutenable, amèneront à un retrait de ce type d’hélicoptère. Ce scénario pourrait avoir pour conséquence la fermeture de sections ultramarines et de montagne. Le risque de rupture capacitaire n’est donc plus seulement lié à la dégradation progressive de la disponibilité, il porte désormais sur la pérennité même d’une partie du maillage territorial», s’alarme le rapport du Sénat.
En octobre 2025, le Directeur de la Gendarmerie nationale [DGGN], le général Hubert Bonneau, avait expliqué aux parlementaires qu’il fallait «impérativement» commander au moins vingt-deux EC-145D3 lors de l’exercice 2026. Faute de quoi, la flotte des FAC allait être «réduite de façon très significative». Or, pour l’instant, aucun achat ne se profile à l’horizon… Et cela tient à la structure du budget de la Gendarmerie nationale.
Comme l’explique le rapport, celle-ci «laisse des marges limitées pour financer les investissements capacitaires».
Ainsi, «en 2026, les dépenses de personnel représentent […] 82,5 % des crédits de paiement du programme de la Gendarmerie nationale. Cette prépondérance structurelle des dépenses dites de ‘titre 2’ traduit la nature intensive en effectifs des missions de sécurité intérieure. Elle limite toutefois globalement la part des crédits susceptible d’être consacrée au renouvellement et à la modernisation des équipements», a-t-il conclu.