https://www.opex360.com/2026/05/12/le-contre-espionnage-militaire-francais-note-une-hausse-des-atteintes-physiques-contre-les-emprises-de-la-defense/
Lors d’une audition parlementaire, 2024, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, avait souligné que le nombre d’atteintes contre la sphère de défense, au sens large, avait singulièrement augmenté depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
«C’est quelque chose qui est très ‘Guerre froide’, mais qui n’a jamais disparu et qui reprend une force particulière depuis deux ans», avait-il dit.
La guerre en Ukraine n’est probablement pas la seule clef pour expliquer cette tendance, la hausse de ces atteintes pouvant être une conséquence du durcissement des relations internationales et/ou celle d’une compétition de plus en plus acharnée entre les industriels de l’armement.
Selon le dernier panorama des menaces publié par la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense [DRSD], le nombre d’atteintes contre la Base industrielle et technologique de défense [BITD] française s’est stabilisé à un «niveau élevé» en 2025.
L’année dernière a été «marquée par un accroissement des tensions politiques et économiques internationales. Cette situation a eu des conséquences visibles pour l’industrie de l’armement et les acteurs de la recherche publique d’intérêt défense : sur le volet capitalistique, par des prises de participation par des puissances ou entités étrangères dans des entreprises françaises, dans le domaine juridique, par l’instrumentalisation de la norme [lawfare], et en matière d’approvisionnements, par des tensions sur certaines matières et des restrictions aux exportations étrangères de certains composants sensibles», note la DRSD.
Les prises de contrôle capitalistique d’entreprises françaises, avec le risque de voir s’envoler leurs savoir-faire vers d’autres cieux, ont représenté 15 % des atteintes constatées l’an passé. Ce qui est tout de même un niveau important.
Par ailleurs certains acteurs de la BITD françaises ont dû faire face à des manœuvres de dénigrement [11 % des atteintes], orchestrées par des concurrents, des États étrangers [comme la Chine avec le Rafale, après le conflit entre l’Inde et le Pakistan] ou par des mouvements contestataires.
Outre ces «manœuvres réputationnelles», les entreprises de la BITD et les centres de recherche liés à la défense sont surtout visés par l’espionnage.
«À l’image des bilans réalisés ces deux dernières années, la menace humaine demeure la plus importante même si elle diminue en proportion [36 % en 2024, 45 % en 2023]. Cette menace se matérialise par des actions comme le ciblage d’experts lors de leurs déplacements en France et à l’étranger et la mise en œuvre de stratégies de débauchage d’ingénieurs, adossées à des plans de recrutements de talents ou de chercheurs français», explique la DRSD.
L’aéronautique, le spatial, le quantique et l’intelligence artificielle sont les domaines les plus visés.
Si le niveau de la «menace humaine» a reculé l’an passé, le nombre des atteintes physiques a en revanche augmenté, passant de 18 % [en 2024] à 24 %.
«Les entités de la BITD ou de la recherche d’intérêt défense ont ainsi été les cibles de nombreuses tentatives d’intrusions au sein de leurs emprises industrielles ou de leurs laboratoires», note la DRSD.
Ces intrusions peuvent avoir diverses motivations. La première est évidemment l’espionnage, des ordinateurs, voire des machines-outils, ayant été dérobés. Or, rappelle la DRSD, le «vol de supports informatiques professionnels constitue un risque majeur de fuites car il demeure l’un des moyens les plus simples pour capter des informations sensibles». Ces «faits de vol sont facilités parfois par la négligence de certains collaborateurs», pointe-t-elle.
Les survols de drones sont classés parmi les intrusions par la DRSD. Dans son rapport, celle-ci évoque une «augmentation considérable des prises de vues d’installations sensibles à des fins de repérage». À quelle fin ? Espionnage ? Préparation de sabotages ?
Justement, le contre-espionnage militaire rapporte que les «emprises de la sphère défense ont été ciblées par des actions de sabotage et des dégradations [incendies des infrastructures énergétiques et chaînes de production, tags, jets de peinture, etc.], majoritairement commises» à leurs abords. Et d’évoquer des «revendications» de «certaines mouvances d’ultragauche […], en lien avec le conflit israélo-palestinien».