C’est exactement ce type de message et d’état d’esprit qui m’a fait partir. J’ai fait mes deux années de prépa dans le trio de tête de ma classe, j’ai vécu, sans jamais plier, tous les bizutages et exclusions les plus stupides les uns que les autres, en me disant que c’est la seule chose qu’avaient certains élèves moins bons pour tenter de gagner leur place au concours. Je suis entrée à Saint Cyr car cette école a une belle réputation, et étais prête à servir mon pays, mais déjà amochée par un état d’esprit retrograde qui n'avait pourtant rien à voir avec ce que prône l’institution, et me posais beaucoup de questions. A qui ai-je pris la place ? Il y a un concours, je suis reçue, j’y vais. Si ceux derrière ne sont pas pris, c’est juste qu’ils sont moins bons. C’est le principe d’un concours.
Et oui, suite à plusieurs événements sur place, je me suis dit que j’avais autre chose à faire de ma vie que de me battre tout le temps pour justifier mon droit d’avoir ce job. Que le bizutage ça va un peu, mais quand on en vient à se demander si ça n’est pas de l’intérieur qu’on va vous tirer dessus et non de la ligne ennemie, il y a un souci. L’année précédent ma promotion, deux morts en entrainement et des amputations de doigts pour plusieurs féminines, je répète, en entrainement ! Est-ce de cela dont j’avais envie ? Et bien non, à 20 ans, féminiser la partie la plus traditionnelle et radicale de l’armée n’était pas mon combat. Je suis partie dans d’autres voies.
Je suis ravie de voir que l’institution s’ouvre au fur et à mesure, et suis encore atterrée de certains échanges que je peux avoir via les collègues de mon mari.