RETEX détaillé OST
Bonjour,
Candidat OST admissible en 2020 puis admis en 2021, je vous propose ce RETEX afin de partager mon bilan après deux candidatures.
Un grand nombre de sujets sont liés à ce recrutement, je vais m’efforcer de lister les points les plus importants et d’y apporter ma contribution.
Sans surprise, c’est un recrutement très sélectif au regard des attentes du jury, il faut être polyvalent et avoir un certain nombre de compétences à faire valoir. Les profils des candidats sont multiples, du cornichon recalé au concours à bac+2 voire dès la première année de prépa au pur civil d’université ou d’école de commerce sans expérience militaire préalable, chacun a sa chance au départ.
Le bac+5 n’est qu’une condition, tous les cursus ne se valent pas. Cependant, le jury recherche aussi de la diversité, si tous les candidats issus de filières géopolitiques sont bons, tous ne seront pas admis. Il y a un besoin de diversité : ingénieurs/scientifiques, universités en sécurité défense/histoire/langues/relations internationales, IEP, écoles de commerce. De façon officieuse, le jury doit pouvoir prendre les meilleurs profils de ces horizons variés, sauf si cas exceptionnels ou si les profils sont inadaptés, mais un bon écrémage est déjà fait pour l’oral - normalement.
Votre candidature se fait en trois temps :
-la constitution du dossier (de septembre à janvier)
-la phase d’admissibilité (résultats en mars après étude par la commission) et la phase d’admission (oraux en avril et résultats en mai). Si la première phase est bien préparée en amont, la seconde suit logiquement. 80 admissibles environ.
-La dernière étape est une toute autre affaire. 21 admis cette année. 20 les années précédentes. La liste complémentaire ne défile presque pas, de un à trois candidats maximum.
En ouvrant votre dossier au CIRFA, vous aurez un certain nombre de pièces à fournir :
-relevés de notes post bac (le nom de l’université et la valeur des notes ont forcément leur importance mais pas suffisante pour être admis, on peut faire Assas ou Sciences Po et échouer)
-CV (qui se doit d’être bien travaillé et fourni, par contre pas de mise en page excentrique ou "colorée")
-lettre de motivation (pièce à ne surtout pas négliger car elle constitue une forme de pierre angulaire dans la candidature : pourquoi Saint-Cyr? Quel cursus pour présenter OST ? Qu’est-ce qui vous anime ?) Relisez très attentivement votre CV et LM avant l’oral, des questions sont posées dessus, ne vous faites pas surprendre par ces questions ou sur des mots douteux employés. Ne laissez pas de place au hasard.
-diplôme de langue recommandé (TOEFL, TOEIC, CLES d’anglais)
-Attestation de votre directeur de master (que ce soit objectif, les remarques dithyrambiques injustifiées, ça se remarque)
-notations de réserve (Alpha de préférence) et/ou PMS (apte OST, apte au commandement, qualités diverses type goût de l’effort, leadership, cohésion, esprit de décision...). Je reviendrai plus bas sur les questions militaires mais toute expérience vous permet de crédibiliser votre démarche et d’être plus sérieux pour un engagement dans l’active. Lettre de recommandation éventuellement.
En parallèle, vous aurez à passer au DEI ou GRS (ancien CSO), je ne m’attarde pas dessus, vous avez un grand nombre de retex dans la rubrique adéquate. En tant que candidat OST, vous vous devez de faire une bonne performance : en sport et aux tests psychotechniques et anglais.
La visite médicale : normalement si vous n’avez jamais eu de pépin de santé grave vous n’avez rien à craindre.
Le test avec le psy et le LCL/COL sont aussi très très importants pour l’admissibilité : profil psychologique et aspirations en adéquation avec un recrutement officier, a fortiori saint-cyrien. Ils serviront aussi d’entretien avant l’heure, c’est un échange, pas un monologue ni un affrontement. Pas d’agressivité ou de rhétorique mal placée.
Pour le sport, ce n’est qu’une moyenne mais visez au moins un palier 10 et une dizaine de tractions. Je dis bien au minimum. Lors de ma première cartouche, j’ai fait 15 tractions et 11 au luc léger. La seconde fois, 20 tractions et 11,30 au luc léger. Les squats, c’est assez annexe (60 la première fois puis 59 la seconde). Les tests au CSO ne reflètent que peu les épreuves d’admission (surtout le sprint et le 3000m). À noter que la natation a été suspendue en 2020 et 2021 cause covid. À voir pour 2022…
Les barèmes en sport nécessitent une préparation. Personne de normalement constitué n’est capable de courir un 3000m en 10min29 sans s’entraîner. La majorité des candidats sont vers 11-12min. Presque tout le monde tape les 12 tractions au concours, la barre est d’ailleurs "flexible", vous bénéficiez d’un effet rebond. Attention à bien la tenir car plusieurs candidats font des tractions en même temps et cela engendre une forme de vibration qui peut déstabiliser.
Pour l’anglais, le test est largement à la portée d’un étudiant de niveau master qui pratique régulièrement la langue. Revoyez la grammaire, la conjugaison, un peu de vocabulaire et c’est bon. J’avais eu autour de 130/150 de mémoire (erasmus au Royaume-Uni).
Point particulier : les tests psychotechniques sont valables trois ans, autrement dit si vous vous foirez la première fois, ça vous suivra, contrairement au sport qui se repasse tous les ans comme la visite médicale.
Avec le psy, soyez vous-même et honnête, ne jouez pas un rôle, dites quelles sont vos motivations, restez lucide et ne paniquez pas, même si des questions indiscrètes sont posées. Quant à la partie avec l’officier supérieur, cela dépend des CIRFA mais pour ma part j’ai eu la première année comme la deuxième année un entretien de 90min. Ce qui permet de réellement approfondir vos motivations, votre parcours, votre connaissance de l’institution, de Saint-Cyr, des enjeux de défense et des problèmes contemporains. Toute réponse doit être argumentée, pas de oui/non ou préjugé mal placé. Là encore, restez vous-même, soyez sérieux et montrez votre volonté. Si vous avez préparé les questions les plus évidentes sur vous et vos aspirations, cela se passera bien. Parlez avec un ton posé, articulez, sachez vous affirmer sans tomber dans la caricature.
Je vais prendre mon cas pour illustrer, car c’est sur ce genre de profil où je pense pouvoir le mieux m’exprimer/conseiller.
J’ai un parcours assez linéaire à l’université et avec un tropisme militaire assez marqué (famille militaire, réserve, PMS, stage en état-major, connaissances de lycée militaire, de Saint-Cyr etc.). De fait, il y a déjà un certain nombre de "codes" intériorisés sociologiquement parlant. Cela peut être une force comme un gros désavantage selon comment vous l’utilisez. Dans tous les cas vous ne gagnerez pas votre place grâce à ces seuls facteurs milis. J’y reviendrai par la suite.
Si vos résultats académiques sont bons, que votre passage au DEI s’est bien déroulé (le psy et l’officier supérieur en général vous donnent leurs impressions à l’issue) et que vous justifiez en plus d’une expérience internationale, d’expériences militaires plutôt valorisées (au moins une PMS avec des appréciations très positives) et de stages/expériences pro diverses, vous avez de très grandes chances d’être admissible. Moins vous avez d’atouts dans votre candidature, moins vous avez de chance de passer la première étape.
Après mars, vous aurez les oraux mi-avril au Lycée Militaire de Saint-Cyr-l’École.
Coefficient 2 pour le sport et 10 pour l’oral.
Clairement, le sport ne sert qu’à éliminer les plus faibles. Que vous ayez 12, 13, 14 ou 16, il suffit parfois de 0,25 ou 0,5 pts à l’oral pour changer le classement. Même celui qui a 20 en sport n’a aucune garantie d’être pris. L’oral est le cœur de l’écrémage. L’oral DOIT impérativement se préparer : la méthodologie, le débit de paroles, la prise de position, les sujets sensibles, l’intelligence de situation. Y aller en touriste, c’est optimiser ses chances d’être recalé dès les premières minutes. Et c’est un beau gâchis quand vous avez la chance d’être admissible. Il y a quatre jurys (A, B, C, D), les candidats sont mélangés par filière dans chaque jury. Chaque jury se compose d’un colonel et d’un LCL plus un universitaire/juriste. Ils voient entre 6 et 7 candidats par jour chacun, prenez en compte leur fatigue selon votre heure de passage (débit, timbre de voix, articulation etc.).
L’oral est essentiellement tourné vers la culture générale, surtout quand vous avez un bagage militaire en amont. La première année comme la seconde, je n’ai eu que peu de questions sur des thèmes militaires contrairement aux entretiens au DEI où j’ai pu exposer mes motivations, parler de mes expériences etc. Vous allez piocher deux sujets au hasard, vous en retenez un sur lequel vous ferez un exposé d’environ 10min. L’autre sujet fera l’objet de brèves questions pendant l’oral. Il y a une horloge dans la salle d’oral, mais au cas où prenez une montre avec un chrono : ça peut vous aider pour l’oral.
Idéalement, un plan en trois parties et deux sous-parties, ou deux parties et trois sous-parties selon le sujet. Cela vous permet d’avoir 2-3 idées directrices et six idées secondaires. Ce qui suffit amplement pour dix minutes. Il faut partir du général au particulier. Grosso modo, l’exposé se construit ainsi :
Accroche (citation, fait d’actualité, exemple historique…), définition des termes du sujet, mise en évidence du paradoxe ou problème posé, problématique sous forme de question, idée maîtresse qui répond clairement à la question posée, annonce du plan, puis vous enchaînez vos parties. Attention aux transitions, et ne négligez pas la conclusion qui reprend votre idée maîtresse. Faites une ouverture. Respectez le temps imparti.
Essayez de découper l’oral de cette façon 2-3min max pour l’introduction, 2-3min par partie (à équilibrer si deux ou trois parties) et 1min de conclusion pour synthétiser.
Tout va dépendre du jury que vous aurez, mais les questions de culture générale vont s’enchaîner, restez calme, souriant, prenez votre temps pour répondre (3-4s de blanc avant chaque réponse), expliquez chaque réponse, argumentez et prenez position tout en sachant relativiser. Pas de consensus mou, pas de prise de position extrême inadaptée, c’est une question d’équilibre, seul l’entraînement vous permet de vraiment appréhender cette dimension de l’oral. Si vous ne savez pas : dites-le. Essayez de répondre quand même par analogie et en expliquant que vous n’êtes pas un expert. Si vraiment vous séchez, dites-le. Le jury pose des questions assez larges, vous ne pouvez pas tout savoir mais on veut des futurs chefs : montrez que vous en voulez, soyez déterminé, ne vous laissez pas abattre à la moindre mise en difficulté. En revanche le jury ne laissera pas passer qu’un étudiant de RI ne soit pas capable de dire ce qu’est la géopolitique ou autre connaissance de base.
Vous aurez TOUS un cas concret : mise en situation en tant que chef de section, que faites-vous dans telle situation ? Faites appel à votre bon sens, vous n’êtes ni Dieu ni général d’armée ni un justicier. Réfléchissez au commandement (vous avez largement de quoi lire à ce sujet en ligne ou dans divers ouvrages…). Une réponse incohérente ou illégale va fortement nuire à votre candidature car cela montrera un manque de réflexion ou de maturité, soyez logique. Si vous êtes réserviste et surtout lieutenant de réserve, soyez irréprochable sur le cas concret.
Ne vous improvisez pas grand stratège, les lectures et références du type Beaufre, Foch, Clausewitz, Coutau-Bégarie, Henrotin, de Gaulle, Sun Tzu etc, c’est bien, mais ce n’est pas la priorité. Côté éthique de l’officier, Lyautey, Bonnemaison et Claude Weber sont parfaits. Le jury ne cherchera pas à creuser, il faut en savoir un peu sur tout. De même les citations ou noms d’auteurs pour vous appuyer sur des arguments, c’est bien mais n’en abusez pas : on cherche à savoir ce que vous pensez et non pas à vous cacher derrière des références. N’étalez pas votre science, soyez humble tout en étant cultivé et capable d’argumenter, il faut "convaincre".
Le jury cherche des jeunes bien dans leur peau, motivés, équilibrés, qui veulent commander, qui ont un goût réel pour l’armée, une tête bien faite et des expériences intéressantes qui pourront soit faciliter l’intégration du jeune OST dans l’institution soit servir sur le long terme. Néanmoins, avec l’évolution du recrutement et l’essor du recrutement sous contrat, la question de la "carrière" ne tient plus comme argument et doit d’ailleurs être évitée.
On peut être OSC et candidater à l’école de guerre ou au diplôme technique, et ainsi être activé à terme. Qui plus est, l’OSC est lieutenant plus longtemps que l’OST, à tort ou à raison. Cette question des OSC est aujourd’hui à sérieusement préparer pour ne pas être mis en difficulté lors du recrutement OST. Gardez à l'esprit aussi que vous n'avez aucune garantie d'avoir l'arme que vous voulez après OST, contrairement à OSC.
En tant qu’OST, vous serez Saint-Cyrien (alors certes "Officier Sans Tradition" diront certains, mais il faut des OST qui apportent de la diversité aux saint-cyriens issus des prépas tout en ayant un état d’esprit qui permet de s’intégrer à la promotion du 1er bataillon, à charge à chacun de prouver sa motivation et sa valeur, gardez la tête sur les épaules tout en sachant se faire respecter). De fait, on attend de vous des valeurs particulières, un état d’esprit particulier, sans pour autant dénigrer les autres recrutements. N’idéalisez pas à outrance, mais ayez cette "flamme", ça porte un nom assez évident. Si vous êtes pris en OST, on attend de vous que vous restiez dans la durée.
Aussi, la question "Pourquoi OST et pas OSC ?" ou une autre du style "Si vous n’êtes pas pris en OST, OSC ça vous intéresse ?", ça se prépare. Si vous êtes bien renseignés sur Saint-Cyr, vous devriez pouvoir facilement répondre à cette question sans être un éléphant dans un magasin de porcelaine. N’allez pas dire que les OSC sont une variable d’ajustement ou la dernière roue du carrosse, ça va très très mal passer… Peu importe la question posée, soyez rationnel et pragmatique, sans être blasé ou cynique, la franchise c’est bien mais jusqu’à un certain point, sur tous les sujets.
Pour la tenue : costume pour les hommes de préférence (évitez le noir, c’est strict), chemise, cravate, chaussures de ville. À vos risques et périls de venir décontracter. Si vous enlevez votre blazer pour l’oral (je vous le déconseille sauf si vous êtes vraiment confiant et à l’aise), mettez de préférence un t-shirt ou tricot de corps en dessous de la chemise si vous transpirez à cause du stress…
Venez raser de près, et coupe de cheveux courte et propre. Pas de crâne rasé, de mèche ou coupe connotée ou de cheveux longs/négligés.
Échouer une première fois n’est pas rédhibitoire, j’en suis la preuve. Et je ne suis pas le seul dans ce cas, cette année nous étions près d’une quinzaine de candidats déjà là l’an passé, la moitié est admis en liste principale ou sur liste complémentaire. Ayez un plan B voire un plan C et D. Soyez prêt à rebondir, surtout en limite d'âge. Tirez les enseignements d’un échec, revenez plus fort. On ne candidate pas à Saint-Cyr pour le grand uniforme ou parce qu’on a vu de la lumière.
Les candidats qui ont un "bagage" militaire ne sont pas avantagés à l’oral, ni les filles. Est avantagé uniquement celui qui sait clairement pourquoi il est là et qui s’est préparé à l’oral. La bête à concours qui tente plusieurs concours (Air, Marine, EOGN, Police etc.) en même temps peut tout à fait être admis, le fana Cyr a ses chances tout comme le pékin sans aucun background mili à part sa PMS.
Les réservistes, ne mettez pas en avant vos expériences militaires sans raison, et soyez lucide avec qui vous parlez : vous êtes 1CL après votre FMIR, vous allez sérieusement raconter vos guerres à un colonel breveté, titulaire de la LH, VM, croix du combattant, avec moult OPEX ? La rhétorique se travaille et est indispensable à l’oral pour marquer les esprits, sans être arrogant ou condescendant ou déconnecté de la réalité.
Cet oral, de mon point de vue, repose sur une préparation intelligente, sérieuse et régulière. Entretenez votre culture générale sur tous les sujets actuels de géopolitique, sujets scientifiques, économiques, sachez-en un peu sur tout. Faites du sport avec assiduité, le niveau à Saint-Cyr n’est pas une blague. Et surtout, soyez en accord avec vous-même, si vous êtes convaincu d’être là pour les bonnes raisons, ça doit marcher. Si vous avez encore des cartouches après un échec, persévérez et faites d’autres choses qui apporteront du liant ou une plus-value à votre candidature.
Cela reste un concours, il y a toujours une petite part de chance/hasard : deux sujets qui vous plaisent, que des questions auxquelles vous avez la réponse, mais c’est rare, le jury trouve toujours la petite bête pour vous tester. Et il faut savoir prendre de la hauteur de vue, vous devez montrer que vous savez réfléchir tout en étant concis et précis. L’entraînement permet de réduire autant que possible la variable "chance" pour mettre en avant celle de la confiance.
Voilà, j’espère avoir traité le sujet dans son ensemble, si vous avez des questions, n’hésitez pas.