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Le Service Action de la DGSE : missions, recrutement et opérations
Le Service Action (SA) est la branche opérationnelle clandestine de la DGSE : c'est lui qui exécute, hors du territoire national, les missions que la France ne revendiquera jamais. Exfiltrations, sabotages, libérations d'otages, neutralisations : son personnel, exclusivement militaire, agit sans uniforme et sans drapeau. Voici ce que les sources publiques permettent d'en dire sérieusement.
L'essentiel :
Le SA dépend de la Direction des opérations de la DGSE ; il est distinct des forces spéciales « classiques » du COS.
Son recrutement est exclusivement militaire : on ne postule pas au Service Action, on y est repéré puis sélectionné.
Ses opérations relèvent de l'action clandestine : la France en nie l'existence, là où une opération spéciale est discrète mais assumée.
Le centre d'entraînement le plus connu est celui de Cercottes, près d'Orléans.
Clandestin vs spécial : la distinction fondamentale
Les forces spéciales (commandos marine, 1er RPIMa, CPA 10…) mènent des opérations discrètes mais que l'État peut assumer. Le Service Action, lui, opère sous couverture, sans identité française apparente : en cas d'échec ou de capture, la République niera. Cette différence juridique et politique change tout — l'entraînement, les méthodes, les profils.
Quelles missions ?
D'après les témoignages publiés d'anciens et les travaux des journalistes spécialisés, le spectre du SA couvre : le renseignement en zone hostile, la préparation et l'appui d'opérations de libération d'otages, l'exfiltration de sources ou de ressortissants, le sabotage d'infrastructures, et des actions de neutralisation décidées au plus haut niveau de l'État. L'épisode le plus célèbre — et le plus désastreux — reste l'affaire du Rainbow Warrior en 1985, qui a durablement marqué le service et ses procédures.
Comment entre-t-on au Service Action ?
Il n'existe ni concours ni candidature en ligne. Le SA recrute parmi les militaires expérimentés — souvent issus des unités parachutistes, commandos et forces spéciales — repérés puis invités à une sélection dont le contenu exact reste classifié : épreuves physiques et psychologiques, aptitude à la solitude opérationnelle et à la vie sous couverture. Ceux qui veulent servir dans le renseignement par la voie civile liront plutôt notre guide comment entrer à la DGSE.
Ce qu'en disent ceux qui y étaient
Rares sont les anciens à avoir témoigné. Pierre Martinet, ancien du SA passé par la surveillance opérationnelle, raconte son parcours dans « Un agent sort de l'ombre ». Le colonel Jean-Marc Gadoullet livre dans « Agent secret » le récit de missions à haut risque et de négociations d'otages. Et « Homme d'action » retrace dix missions menées au service de la Nation. Trois lectures complémentaires pour approcher une réalité que le cinéma déforme presque toujours.
Organisation : un état-major et des centres spécialisés
D’après notre dossier sur la DGSE, le Service Action est commandé par un état-major interarmées installé au fort de Noisy, à Romainville. À la date de ce dossier, il réunissait :
trois unités de l’armée de Terre, commandées par le centre d’instruction des réserves parachutistes (CIRP) : le centre parachutiste d’instruction spécialisée (CPIS) de Perpignan, qui forme les agents appelés à opérer en zone de crise ; le centre parachutiste d’entraînement spécialisé (CPES) de Cercottes, spécialisé dans les opérations clandestines en ville ; le centre parachutiste d’entraînement aux opérations maritimes (CPEOM) de Quélern, dans le Finistère, qui regroupe les nageurs de combat ;
un escadron de l’armée de l’Air et de l’Espace, le Groupe aérien mixte 56 « Vaucluse », basé à Évreux et doté d’avions de transport tactique Transall et Twin Otter et d’hélicoptères Caracal ;
un bâtiment de la Marine nationale, le navire Alizé.
Opérations « arma », « homo » et exfiltrations
Le même dossier distingue deux familles d’opérations clandestines : « arma » (destruction de matériel, sabotage) et « homo » (enlèvements, assassinats). Le SA peut aussi infiltrer ou exfiltrer des personnels, libérer des otages, s’emparer d’un matériel sensible pour en tirer du renseignement, et tester la sécurité d’installations françaises sensibles, comme des bases militaires ou des centrales nucléaires.
Olivier Mas, ancien officier de la DGSE connu sous le pseudonyme Beryl614, en résume l’intérêt dans notre podcast : des militaires qui travaillent en civil, sous faux papiers, et savent cacher qu’ils sont français. Ils peuvent faire passer discrètement les frontières à de l’argent ou à du matériel sensible, ou exfiltrer une source humaine en danger par des moyens militaires, sans passer par les aéroports civils du pays. Des stages au sein du Service Action préparent aussi les agents de la DGSE affectés sur des postes armés.
Somalie, 2013 : l’échec de l’opération pour libérer Denis Allex
Le 12 janvier 2013, à Mogadiscio, la DGSE tente de libérer Denis Allex, membre du Service Action détenu depuis trois ans par le groupe terroriste Al-Shabaab. L’opération échoue : Denis Allex est exécuté, deux militaires du Service Action meurent lors de l’assaut et dix-sept membres d’Al-Shabaab sont tués. Pour Olivier Mas, l’affaire montre que le danger est bien réel : Denis Allex avait été capturé dans le cadre de ses fonctions d’agent et de formateur.
D’anciens du Service Action
Avant de devenir directeur du renseignement à la DGSE, Alain Juillet a commencé sa carrière comme officier au service action du SDECE, l’ancêtre de la DGSE. Il hésitait alors entre les nageurs de combat et le renseignement avec les parachutistes : le service action du SDECE étant parachutiste, le choix était tout trouvé. Pierre Martinet, lui, a servi à la DGSE de 1983 à 2001 et a débuté au Liban, comme le rappelle notre sélection des meilleurs livres sur la DGSE. Quant à Olivier Mas, passé par le 1er RPIMa, il explique ne pas avoir rejoint le SA parce qu’il s’agit d’une autre carrière, où il faut entrer plus tôt, et qu’il voulait être officier de renseignement, au contact de sources humaines.
FAQ
Le Service Action existe-t-il officiellement ?
Son existence est publiquement documentée et reconnue dans les organigrammes généraux de la DGSE, mais ses effectifs, son organisation fine et ses opérations restent classifiés.
Quelle différence entre le Service Action et le COS ?
Le COS (Commandement des opérations spéciales) regroupe les forces spéciales des armées et mène des opérations assumées par la France. Le SA mène des opérations clandestines niables, sous l'autorité de la DGSE.
Un civil peut-il rejoindre le Service Action ?
Non. Le personnel du SA est militaire. Les civils rejoignent la DGSE par concours ou contrat, sur d'autres métiers.
Où s'entraîne le Service Action ?
Le centre historique connu du grand public est celui de Cercottes (Loiret) ; d'autres emprises existent mais ne font l'objet d'aucune communication officielle.
Aller plus loin
📚 Un agent sort de l'ombre (Pierre Martinet) — le témoignage d'un ancien du SA.
📚 Agent secret (Jean-Marc Gadoullet) — missions à haut risque et négociations d'otages.
📚 Homme d'action (Julien B.) — dix missions racontées de l'intérieur.
📚 Toute la librairie Renseignement & Espionnage et notre sélection des meilleurs livres sur la DGSE.
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