D’abord hésitant, pour ne pas froisser une partie des syndicats, le groupe Renault s’investit de plus en plus dans le secteur de l’armement. Ainsi, depuis qu’il a accepté, à la demande de la Direction générale de l’armement [DGA], de s’impliquer dans le projet de drone d’attaque à longue distance «Chorus» au côté de Turgis Gaillard, il a noué un partenariat avec Thales pour développer le véhicule 4×4 de commandement 4 Troop et mettre produire à grande échelle la munition téléopérée Toutatis.
Entre-temps, l’hebdomadaire L’Usine nouvelle avait rapporté que Renault s’était rapproché du groupe belge John Cockerill, dont Arquus [ex-Renault Trucks Defense] fait partie, pour développer un drone terrestre dédié à la reconnaissance et ayant le gabarit d’une petite voiture citadine, comme la R5.
«Nos équipes de R&D [recherche et développement, ndlr] testent et explorent diverses options, comme les robots terrestres, présentant également un potentiel d’applications civiles. Il s’agit d’un projet d’étude exploratoire», avait confirmé l’industriel, sans plus de détails, en mars dernier.
Il aura fallu attendre environ huit mois pour en savoir davantage.
En effet, le 3 novembre, John Cockerill et Renault ont dévoilé le «Forefront Concept», un concept «innovant» de plateforme terrestre téléopérée polyvalente, qu’il a développé dans le cadre de leur association. Concept qui s’adresse aussi bien au monde militaire que civil.
«Forefront Concept combine le savoir-faire de Renault dans la conception de plateformes mobiles et leur industrialisation à grande échelle d’une part et l’expertise opérationnelle de John Cockerill dans l’industrie de défense d’autre part», ont souligné les deux groupes.
Dans le détail, Renault a apporté ses savoir-faire en matière d’architectures modulaires, en privilégiant la «réutilisation de composants automobiles éprouvés», de motorisation électrique et de production industrielle à grande échelle. De son côté John Cockerill s’est concentré sur les fonctions d’autonomisation et de téléopération ainsi que sur l’intégration des systèmes de mission.
Potentiellement armé, a priori avec un tourelleau téléopéré Hornet d’Arquus, à en juger par les illustrations publiées par les deux partenaires, le drone terrestre Forefront Concept est doté de quatre roues motrices et de deux moteurs électriques, ce qui lui «confère une forte mobilité, une maniabilité et des capacités de franchissement de premier plan sur tous les types de terrains». Pouvant emporter une charge utile d’une tonne, cet engin silencieux a un rayon d’action d’environ 400 km.
Le Forefront Concept «peut répondre à une grande diversité d’usages militaires» [logistique, reconnaissance, lutte antidrone, appui-feu, évacuation sanitaire] et civils, assurent Renault et John Cockerill, qui ont élaboré ce concept avec le concours des forces françaises.
Aussi, ce drone terrestre va être engagé dans des exercices qui se tiendront dans les semaines à venir, ce qui permettra éventuellement de l’améliorer en fonction des enseignements qui en seront tirés et d’alimenter la réflexion de l’armée de Terre en matière de robotisation. Si les deux industriels ne le précisent pas, il y a tout lieu de penser que le Forefront sera évalué dans le cadre du projet Pendragon, mené en lien avec l’Agence ministérielle de l’intelligence artificielle de défense.
“Forefront Concept illustre l’émergence d’une nouvelle génération de systèmes robotisés terrestres, née de la convergence de deux savoir-faire industriels majeurs”, a résumé Jean-Luc Maurange, le PDG de John Cockerill. “Grâce à une architecture robotique modulaire, ouverte et évolutive, cette plateforme associe mobilité, autonomie et communications tactiques afin d’accroître les capacités opérationnelles tout en réduisant l’exposition des soldats”, a-t-il conclu.
Photo : John Cockerill & Renault Group