Les éditions du Rocher viennent d’enrichir la collection « défis stratégiques » de deux livres qui méritent d’être signalés, tant pour les thèmes abordés (le service militaire pour l’un et le F-35, outil de la dépendance stratégique des Européens) que pour leurs auteurs (Bénédicte Chéron pour l’un et Joseph Henrotin pour l’autre.
« Mobiliser. Rétablir le service militaire: le grand malentendu »
Même quand le dernier ex-appelé aura disparu de France, on parlera encore du « service militaire ». Bénédicte Chéron met donc en garde: cette mythologie du service militaire risque de brouiller la compréhension que les Français peuvent avoir de leur modèle de défense.
En monopolisant l’attention, elle risque aussi de masquer les questions politiques qui sous-tendent toutes les interrogations concernant la manière dont une société peut se mobiliser lorsqu’elle est engagée dans des rapports de force internationaux. Son livre veut en finir avec l’image d’Epinal sympathique des appelés alors que le modèle d’armée de leur temps « induit un modèle défensif et fragile »
Mais comme l’écrit Bénédicte Chéron, « ce débat n’est pas exclusivement français » et de nombreux pays d’Europe, comme l’illustrent de récents posts sur ce blog, pensent/repensent la question plus large de la mobilisation.
Fin novembre dernier, elle avait été interrogée par ma collègue Carine Janin sur les thèmes développés dans cet ouvrage. Elle y rappelait que « aujourd’hui, au sein d’une classe d’âge, les armées suscitent à peu près la même proportion d’engagements militaires (pour un contrat ou pour la réserve) que dans les années 1980-1990. À cette époque, il existait des voies de volontariat pour des formes longues ou plus exigeantes de service militaire. En vitesse de croisière, on comptait entre 10 000 et 20 000 volontaires par an. Et, au maximum, quand les contreparties financières étaient au plus haut [en 1993, dans le contexte de la guerre en ex-Yougoslavie, N.D.L.R.], 23 000 volontaires. Le vivier de volontaires n’est pas extensif. Le sens des missions et la rémunération sont des variables essentielles. »
L’auteure: Bénédicte Chéron, historienne, professeur à l’Institut catholique de Paris, travaille sur les relations armées-société. Elle a notamment publié Pierre Schoendoerffer (CNRS Éditions, 2012) et Le soldat méconnu. Les Français et leurs armées : état des lieux (Armand Colin, 2018).
Mobiliser. Rétablir le service militaire: le grand malentendu, éditions du Rocher, 195 pages, 14 euros. Parution le 28 janvier.
« Un avion pour les gouverner tous. Le F-35, prisme de la dépendance stratégique européenne »
Tous ceux qui lisent la revue DSI connaissent et l’auteur de ce livre incisif et sa position critique sur le dossier du fameux chasseur américain F-35.
C’est un avion dont le coût exorbitant (les Suisses en savent quelque chose) ne constitue que l’un des scandales qui l’entourent. Or, cet avion de combat se vend! Mais à quelles conditions? Est-il vraiment « le » meilleur de sa catégorie? Faut-il parler de « succès » à la vente? L’auteur de répondre que « finalement, acheter le F-35, c’est faire dépendre sa souveraineté de facteurs qui, eux, ne sont pas souverains ».
Effectivement, l’essentiel se jouerait au niveau de la dépendance stratégique que son achat induit, tant sur le plan industriel que militaire. Cette thèse de la dépendance est connue mais Joseph Henrotin la documente et la démontre. Mais il admet, in fine, en dépit de toutes ses critiques, que « le F-35 est une pièce centrale du dispositif d’interopérabilité de l’Otan » et « la garantie relative d’une implication américaine dans cette dernière ».
L’auteur: Joseph Henrotin est politiste et stratégiste. Directeur de recherche au CAPRI (Centre d’analyse et de prévision des risques internationaux), il est également chargé de recherche à l’Institut de stratégie comparée (ISC) et chercheur associé à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD). Il est rédacteur en chef de la revue Défense & Sécurité Internationale.
Un avion pour les gouverner tous. Le F-35, prisme de la dépendance stratégique européenne, éditions du Rocher, 198 pages, 16,90 euros. Parution le 11 février.
https://lignesdedefense.ouest-france.fr/deux-ouvrages-pour-ne-pas-tourner-la-page-du-service-militaire-et-du-f-35/