L'un des principaux enseignements opérationnels (RETEX) du conflit russo-ukrainien est l'évolution profonde des procédures d'évacuation médicale tactique (MEDEVAC) au contact.
Dans de nombreux secteurs du front, les véhicules blindés ne sont plus en mesure d'accéder aux positions de l'infanterie. La généralisation de la surveillance permanente par drones, l'action de l'artillerie de précision et la menace omniprésente des munitions téléopérées rendent toute progression de véhicules habités extrêmement risquée, voire impossible. La rupture entre les positions de premier échelon et les points accessibles aux véhicules peut ainsi atteindre 10 à 15 kilomètres. (voir plus)
Afin de maintenir la continuité du soutien logistique et sanitaire, les forces ukrainiennes ont développé un emploi systématique des systèmes terrestres robotisés sans pilote (UGV – Unmanned Ground Vehicles). Ces plateformes assurent une double mission : à l'aller, elles effectuent le ravitaillement des unités de premier échelon en munitions, vivres, carburant et matériaux du génie ; au retour, elles réalisent l'évacuation des blessés ou, le cas échéant, le transport de prisonniers de guerre.
Il ne s'agit plus d'une expérimentation, mais d'une adaptation capacitaire directement imposée par les caractéristiques du combat de haute intensité. Dans de nombreuses situations tactiques, ce mode d'action constitue désormais la seule solution permettant d'assurer l'évacuation des blessés tout en limitant l'exposition des équipages et des unités de secours.
Ce retour d'expérience devrait être analysé, intégré à la doctrine et faire l'objet d'une montée en puissance capacitaire. L'enjeu n'est pas de créer de nouvelles procédures ou de nouveaux cursus de formation, mais d'adopter les solutions dont l'efficacité a déjà été démontrée en opérations. Sans cette adaptation, la production doctrinale risque de demeurer déconnectée des réalités du champ de bataille contemporain.
À cet égard, il est regrettable que l'armée française semble privilégier une approche essentiellement doctrinale et procédurale du retour d'expérience issu du conflit russo-ukrainien, plutôt qu'une appropriation des mécanismes opérationnels effectivement validés par le combat. Or, dans un environnement marqué par la dronisation du champ de bataille et la transparence du dispositif, la capacité à intégrer rapidement les innovations tactiques constitue désormais un facteur déterminant de supériorité opérationnelle.
(Ouais, je bosse mon BM4… enfin, j'essaie. Sauf que plus ça va, plus je me dis que je prépare complètement le mauvais putain de métier. À ce rythme, je ferais mieux d'apprendre les règlements pour tenir une bibliothèque, ou la cérémonie du thé chinoise. Ça me servira probablement plus que tout ce qu'on me bourre dans le crâne.)