La semaine passée, lors d’un entretien accordé à l’agence de presse Lusa, le chef d’état-major des forces armées portugaises [CEMGFA], le général João Cartaxo Alves, a confirmé que le remplacement des vingt-quatre avions de combat F-16AM/BM de la Força Aérea Portuguesa [FAP] allait être inscrit dans une nouvelle loi de programmation militaire devant être prochainement soumise au Parlement.
Ce n’est qu’après son adoption qu’un appel d’offres pourra être émis. À moins que Lisbonne ne choisisse la voie d’un contrat intergouvernemental.
Quand il était le commandant de la FAP, fonction qu’il a occupée jusqu’en mars dernier, le général Alves n’avait pas caché sa préférence pour le chasseur-bombardier F-35A de Lockheed Martin tandis que son ministre de tutelle, Nuno Melo, estimait qu’il fallait aussi prendre en considération des offres européennes.
"Dans nos choix, nous ne pouvons pas rester insensibles à l’environnement géopolitique. La position récente des États-Unis, dans le contexte de l’Otan, […] doit nous faire réfléchir aux meilleures options, car la prévisibilité de nos alliés est un atout majeur à prendre en compte. Nous devons croire qu’en toutes circonstances, ces alliés seront à nos côtés», avait en effet expliqué M. Melo, après un échange houleux entre le président américain, Donald Trump, et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelenski, lors d’une rencontre à la Maison Blanche, en février 2025.
Et le ministre portugais d’ajouter dans le même élan : «Plusieurs options doivent être envisagées, notamment européennes, tout en tenant compte également du retour que celles-ci peuvent avoir pour l’économie portugaise».
En tant que CEMGFA, le général Alves n’a pas souhaité dire s’il maintenait ou non sa position à l’égard du F-3A. «J’ai mon opinion personnelle», a-t-il confié à Lusa. Le choix d’un nouvel avion de combat «ne se fait pas du jour au lendemain : pour prendre une décision, de nombreux facteurs sont analysés, comme l’évolution technologique», a-t-il souligné. Ces «questions sont traitées par des spécialistes et pas sur la place publique», a-t-il insisté.
Quand il était le commandant de la FAP, fonction qu’il a occupée jusqu’en mars dernier, le général Alves n’avait pas caché sa préférence pour le chasseur-bombardier F-35A de Lockheed Martin tandis que son ministre de tutelle, Nuno Melo, estimait qu’il fallait aussi prendre en considération des offres européennes.
Toutefois, le général Alves a fait valoir que les «forces armées portugaises ne sont pas isolées du monde» et que «l’interopérabilité entre les systèmes est importante car aucun pays n’achète d’armes seul». Or, c’est le même type d’argument que d’autres pays ont avancé pour justifier l’achat de F-35A…
Comme l’avait précédemment indiqué M. Melo, les retours industriels seront aussi à prendre en compte dans la sélection d’un nouveau modèle d’avion de combat. Ce que Lockheed Martin a parfaitement compris en signant, dès juin 2025, un protocole d’accord avec AED Cluster Portugal, une structure qui fédère les industriels portugais des secteurs de l’aéronautique et de la défense.
«Le protocole d’accord établit un cadre de collaboration visant à créer des opportunités pour les entreprises portugaises appelées à participer à un éventuel programme F-35. L’objectif est d’identifier les entreprises nationales possédant les compétences et les capacités nécessaires pour contribuer aux futures activités industrielles liées à ce programme», avait alors expliqué AED Cluster Portugal.
Mais il n’était pas question d’une quelconque exclusivité. Les mois suivants, le consortium Eurofighter signa un protocole d’accord, aux termes identiques, avec ce groupement d’industriels portugais pour pousser la candidature de l’EF2000/Typhoon. De même que le suédois Saab, avec le JAS-39 Gripen E/F.
Dans le même temps, lors d’une audition au Sénat, en juin 2025, le PDG de Dassault Aviation, Éric Trappier, confia que ses équipes «travaillaient beaucoup» pour convaincre Lisbonne de choisir le Rafale. Seulement, l’industriel français s’était gardé d’imiter ses concurrents en se rapprochant d’AED Cluster Portugal. Du moins, était-ce le cas jusqu’en juillet dernier.
En effet, via un communiqué publié le 23 septembre, Dassault Aviation a fait savoir qu’il avait en effet signé un protocole d’accord avec l’association portugaise des industries aéronautiques, spatiales et de défense.
Cela «témoigne de la volonté des partenaires du programme Rafale [dont Thales et Safran, ndlr] déjà implantés dans le pays de s’appuyer sur les relations existantes et d’approfondir la coopération avec l’AED et les partenaires industriels portugais, afin de dynamiser l’économie portugaise et de renforcer la souveraineté du pays», a fait valoir le constructeur aéronautique.
Pourquoi avoir autant attendu alors que Lockheed Martin, Eurofighter et Saab s’étaient précipités auprès de l’AED Cluster Portugal pour signer des protocoles d’accord similaires ? Tout simplement parce que la France n’avait pas encore proposé officiellement le Rafale au Portugal. En tout cas, c’est ce que suggère le communiqué de Dassault Aviation.
«La signature de cet accord, qui a eu lieu à l’ambassade de France en présence de Son Excellence l’ambassadeur de la République française au Portugal, M. Asvazadourian, fait suite à la remise officielle d’une offre ‘Rafale’ au gouvernement portugais ainsi qu’à l’Armée de l’air portugaise en juillet 2026», y est-il en effet précisé, sans plus de détails.
Faut-il comprendre que Paris a proposé à Lisbonne de lui fournir des Rafale dans le cadre d’un accord intergouvernemental et d’un partenariat «approfondi» ? Une telle approche avait été tentée avec la Belgique, en 2017. Mais sans succès, Bruxelles ayant quand même confirmé le choix du F-35A dans le cadre de l’appel d’offres ACCap.
https://www.opex360.com/2026/09/24/la-france-a-officiellement-propose-le-rafale-au-portugal/