Bonjour,
Pour commencer, merci pour vos réponses, votre soutien. C'est toujours rassurant de savoir qu'il y a des encore des gens biens avec du bon sens qui sont là et nous entourent.
Pour donner quelques nouvelles, je suis maintenant civil et vraiment heureux de l'être. Rien n'est facile, j'ai appris à savoir ce que je valais et j'ai rencontré les bonnes personnes. Je me sentais nul et sans talents, finalement je peux m'en sortir.
J'ai un boulot intéressant, que j'ai trouvé tout seul, avec des gens qui me valorisent et qui croient en moi. C'est devenu réciproque. J'ai gagné leur respect et ils ont gagné le mien.
Côté perso, je passe. Joker.
Il était temps que je quitte et j'ai besoin de l'écrire, j'aurais fini sinon par sombrer pour de bon, vraiment. J'ai vu les choses changer durant ces dernières années passées au sein de cette Institution. Souvent déplaisantes.
Ces 2 dernières années ont été rudes, on m'a refusé ma démission au moins 5 ou 6 fois et ce malgré tout ce que je pouvais expliquer dans mes comptes rendu, mes correspondances. Problèmes personnels, de santé, ma famille... bref, je ne vais pas rentrer dans les détails. J'ai étalé toute ma vie, au début pudiquement, puis en espérant de la bienveillance en retour parce que j'allais mal.
J'ai fait un recours à la CRM, obligatoire avant le tribunal administratif, il faut attendre 4 mois si je me souviens bien avant de pouvoir le faire. La réponse de l'armée de l'air à mon recours militaire a été cinglante et d'une rare violence. Les mots et la posture n'étaient pas adaptés, et à la première lecture, j'étais effondré. J'ai cru que j'allais en finir. Vraiment. J'avais l'impression d'être une merde humaine, un sous-homme. Tout ça pourquoi, je me pose encore la question.
Dire qu'on s'est trompé permet d'avancer et de faire bouger les choses.
J'ai décidé d'attaquer au tribunal administratif en suivant les conseils de mon avocate. J'ai pris une avocat en suivant les conseils de ce fil de discussion, merci! J'ai été soutenu par des proches, heureusement. Le temps que le jugement revienne, on m'accorde la démission. J'ai eu un remboursement d'une partie de mes frais d'avocat par l'Institution à la fin. Je n'en espérais pas tant. Finalement, je ne savais pas que j'avais des droits donc merci à mon avocate.
J'ai eu aussi des soucis de santé que je surmonte petit à petit. Au niveau psychologique, ce n'est pas vraiment au mieux mais je m'accroche. J'y ai perdu des plumes, cela m'a laissé des séquelles que j'essaie de rendre bénéfiques chaque jour même si je sens que je ne suis plus du tout la même personne. Je consulte psychiatre et psychologue pour m'aider. Maintenant je dois lutter contre mes attaques de panique, mes angoisses.
Je n'ai jamais été une mauvaise personne et j'ai toujours fait attention aux autres. Ce que je peux certifier : j'ai toujours eu de l'empathie et maintenant je fais encore plus attention aujourd'hui à ne pas nuire à autrui ni par mes décisions, ni par mes actions, ni par mon comportement.
Surtout qu'il y a une solution pour tout. Vraiment rien n'est insoluble, je l'ai appris. La vie ne doit pas s'arrêter parce que quelqu'un décide pour vous et qu'elle est persuadée de... en fait, elle est juste persuadée, de quoi, je ne sais pas et maintenant cela ne m'intéresse plus de le savoir à contrario avec mon besoin de réponse. Mais j'ai choisi.
L'Institution peut aussi bien soutenir et faire évoluer que broyer sans état d'âme. Être pris dans les rouages du système sans pouvoir parler à personne, sans avoir de retour autre qu'une feuille de papier signée par une autorité qui prend sa décision uniquement en lisant un dossier, de loin. Mais qui fait ça ailleurs ? On appelle ça RH? Le H pour Humaines? Pardon? On est dans un monde à part. Une simple décision administrative en fait qui pourrait être prise par un ordinateur. On pourrait en faire un algorithme qui prendrait ces décisions en fonction de certains paramètres, on aurait les mêmes résultats j'imagine. Cette décision prise par ces autorités, ces personnes, peut être lourde de conséquence. Sans empathie. Malheureusement, enfermés dans leur bulle, entre deux mutations, ils s'en foutent. D'ailleurs je me rends compte que le ON est omniprésent, je n'ai personne à blâmer parce que tout le monde se cache pour ne pas s'exposer. Il n'y a pas de coupable. C'est eux qui signent avec leur nom mais quand on leur écrit on s'adresse au Ministre des armées. C'est fou. C'est le Système qui protège, parfois malheureusement sans bienveillance. Ce n'est pas de la gestion RH. C'est rien, mais eux Ils sont Tout dans ce monde...parallèle. Un monde que j'acceptais, avec ces codes. Un monde que j'appréciais aussi puisque j'y avais ma place. Mais tout a basculé.
Merci aux hôpitaux d'exister, avec des personnes à l'écoute qui sont là pour vous aider et ne vous jugent pas, de haut. Je peux en parler parce que j'y suis allé quelques temps.
Ma réflexion, une fois passé mon questionnement personnel, et avec le psychologue des armées est simple et en vieillissant j'ai l'impression que j'ai besoin d'obtenir ces réponses : il faut introduire des vrais RH et qu'ils soient formés à détecter la souffrance au travail et d'autres concepts importants, qui font de vous que vous êtes apte à diriger et manager des personnes ce qui vous différencie d'une machine. Finalement, qu'ils soient formés tout court sans être irrespectueux et sans exagérer : parce que personne ne nait manager, ça s'apprend. Il y en a qui n'ont pas su prendre le virage de la professionnalisation depuis des années, on surfe sur un mode de fonctionnement qui a fait ses preuves mais qui est désuet maintenant, parce que la société a changé, parce que les gens ont changé. Ils sont capables de faire des pubs de recrutement comme on ferait une pub pour un jeu vidéo mais la réalité ce n'est pas ça. Le décalage monstre entre ces 2 mondes qui normalement ne devraient en faire qu'un. Et surtout, on ne gère plus les gens comme au temps des appelés, c'est inutile. Ne parlons pas de l'inter-armée, enrichissant certes mais souvent ponctués par de mauvaises expériences, à cause d'un individu, souvent gradé et ancien.
Ce n'est pas parce qu'on est militaire qu'on est invulnérable ou que le mal-être ou les problèmes ne peuvent pas vous toucher. Et avoir une oreille et se sentir soutenu par son supérieur ou la hiérarchie peut faire la différence. Il peut aussi donner une direction à prendre et soutenir en tant qu'autre être humain vivant à côté de vous. Beaucoup de personnes qui ont des postes à responsabilités reproduisent soit ce qu'elles ont vécu ou vivent, soit elles reproduisent un schéma inconsciemment ou tout simplement ne sont pas bien formés à commander, diriger, manager des personnes avec des vies, des compétences, un historique différents et ceci pour que chacun trouve sa place.
Un militaire doit suivre un code de conduite, oui. Il le faut. Mais rien dans ce code de conduite empêche de réfléchir quand il y a de la place pour le faire ou quand cela est nécessaire. Vous pouvez même être payé pour réfléchir, ça existe.
Le simple fait de faire fonctionner tout ça en même temps fait de vous un bon manager, un leader qui fédère et qui permet aux subalternes de se dire "ok, si j'ai des problèmes, je sais à qui parler: je sais que je ne suis pas seul". Et non pas une personne qui occupe un poste juste pour la solde, le statut et le prestige. Malheureusement, il y en a trop des fantômes qui occupent.... qui occupent.
La gestion de ressources humaines, c'est gérer aussi des personnels qui partent et qui arrivent : je n'ai pas l'impression que ce concept soit compris et ceci avec aucune vision à moyen/long terme.
Ma dernière notation, j'ai pris 3. Je l'ai reçue par la poste. Cela m'a touché 1 min, puis j'ai réfléchi. Etre jugé par des personnes qui ne vous souhaitent pas du bien, ça ne compte pas et je ne mérite pas ça. Encore il y aurait la courbe de gauss, pourquoi pas, cela permet de donner un point de plus à un camarade, mais là même pas. Alors qu'il n'y a rien à me reprocher, dans la forme et dans le fond, cela fait des années que j'ai la même appréciation littérale, sauf que là cela se solde par un -1.
En attendant, je peux me regarder dans la glace, j'ai bien fait mon travail et on appréciait même ma camaraderie durant cette année de notation mais je prends un 3 parce que je veux démissionner alors qu'un autre, qui partait en même temps que moi, lui avait tous les honneurs. Ce pouvoir hiérarchique qui écrase comme il peut élever. Et quel pouvoir...
Une dernière réaction qui les grandit pas et qui me conforte toujours aujourd'hui dans mon choix, que je ne regrette absolument pas. Quelques fois, je me fais une piqure de rappel en passant un coup de téléphone à mes amis toujours engagés. Ils en ont, eux aussi, assez et se projettent pour l'après, presque à compter les jours avant la RJI. Un peu étonnant on pourrait se dire mais finalement cela révèle un dysfonctionnement dont on ne pourrait parler, ce n'est pas permis.
Et pour finir, je suis parti dépité au début mais en y réfléchissant : non, je ne vais pas les laisser aussi m'enlever ces sentiments, me voler aussi ma fierté parce que j'y ai droit : j'ai été fier d'avoir fait ce que j'ai fait dans cette Institution, fier de mon parcours et d'être français, d'avoir rempli toutes les missions qui m'ont été confiées en France et à l'étranger, d'avoir représenté à mon petit niveau mon pays, d'avoir eu des lettres de félicitations, j'ai été sur les 5 continents, et surtout j'ai rencontré durant ces années des militaires, des camarades exceptionnels, tout grade confondu, qui ont compté sur moi et sur qui je pouvais compter, qui sont intelligents, brillants, compétents et humains avec des qualités que j'admire. Ces personnes là valorisent l'Institution et cela participe au fait qu'on soit fier de la servir, avec eux et à côté d'eux. Se sentir utile dans un groupe, saupoudré avec un tout petit peu de reconnaissance et une main sur l'épaule quand il y a besoin, il n'y a rien de mieux, on se sent invulnérable. Ces personnes, je les admire toujours et je m'en inspire encore.
Maintenant c'est fini, je vais arriver à tourner la page, encore un petit effort.
Bonne continuation, croyez en vous, ne renoncez pas et bon courage.