Bonjour à tous,
J'ai longuement hésité avant de rédiger ce RETEX. Ce forum m'a beaucoup aidé à me préparer, je me sens donc redevable. Mais je l'écris avec un peu de recul, et je crains d'oublier certains détails. Voici mon retour, de la candidature jusqu'au jours suivants la formation.
Mon profil
32 ans, 3 enfants, ingénieur en électricité. Un passage de 6 mois comme engagé volontaire au 31e RG, il y a 14 ans.
Ce qui m'a poussé à rejoindre la réserve :
Prendre du plaisir et savourer l'expérience : j'aime cet environnement, cette ambiance, ce cadre.
Apprendre des bonnes pratiques transposables dans le civil et le monde professionnel.
Me fixer un objectif, un impératif, pour rester régulier dans ma forme physique.
La candidature
Le processus a été long. Premier contact à l'été 2025, puis quelques mois de silence radio. Ensuite, tout s'est enchaîné : entretien avec un cadre, visites médicales, perception du paquetage, vers la fin 2025.
Je n'ai pas pu me libérer pour les FGI-R proposées en février et en avril. J'ai donc rejoint celle d'un autre régiment que le mien : le 44e RT de Mutzig, alors que je suis affecté au 2e RH.
La pré-formation
J'ai confirmé ma présence en avril. Comme j'étais un peu hors circuit, je n'ai reçu ni information ni instruction avant J-7. J'avoue que c'était inquiétant : je me suis souvent demandé si la formation était maintenue.
La formation
Jour 0 (dimanche).
Nous étions attendus à 16h.
Nous sommes 16 stagiaires
Première grande surprise : je suis le plus âgé de la section. Le suivant a 29 ans, puis 23, et tous les autres tournent autour de 17-19 ans.
L'après-midi et la soirée sont consacrées aux premières instructions, à l'apprentissage du lit au carré et au coiffeur pour ceux dont la coupe n'est pas conforme.
Nous sommes répartis en deux chambres : 13 masculins d'un côté, 3 féminins de l'autre.
Le mobilier est neuf, en lits superposés. Ça semblait une bonne nouvelle. Nous avons vite compris que faire et défaire les lits du haut, chaque jour, serait une épreuve en soi.
Jour 1 (lundi).
Perception du paquetage, visite médicale, premiers cours.
Jour 2 (mardi).
Footing, cours.
Jours 3 et 4 (mercredi, jeudi).
Maniement de l'arme. Nous avons eu la chance d'utiliser, pour la première fois, les HK tout juste perçus par le régiment.
Jour 5 (vendredi).
Le terrain commence :
perception de l'armement ;
préparation et chargement des véhicules ;
marche de moins de 10 km (200-300 m de D+) jusqu'au bivouac ;
montage des tentes ;
initiation au combat en groupe et en équipe ;
premiers tirs en stand ;
première nuit en bivouac, avec sa fameuse garde. Nuit calme : 5h de sommeil.
Jour 6 (samedi).
Préparation et passage du premier module de tir.
Poursuite de l'apprentissage du combat et de la progression en groupe et en équipe.
Mise en pratique des actes réflexes et élémentaires du combattant.
Deuxième nuit en bivouac, troublée par une capture : 3-4h de sommeil.
Jour 7 (dimanche).
Préparation et passage des autres modules de tir.
Poursuite de l'apprentissage du combat et de la progression en groupe et en équipe.
Progression de nuit : difficile, mais une superbe expérience.
Troisième nuit en bivouac, brisée par une prise à partie de l'ennemi : 1h de sommeil. Une nuit en trou de combat : 3h d'attente, puis 1h de combat.
Jour 8 (lundi). Fin du terrain.
Réveil musculaire avec le bureau des sports.
Rangement du bivouac et des tentes.
Marche retour vers le quartier.
Nettoyage de l'armement et remise en état du matériel pour le reste de la journée et la soirée.
Jour 9 (mardi).
Secourisme, PSC1.
Jour 10 (mercredi).
Footing le matin, puis cours de topographie, NRBC et transmissions.
Jour 11 (jeudi).
Rallye final le matin
initiation au parcours d'obstacles l'après-midi
Le soir, remise des bérets, puis pas gymnastique et chants en section.
Jour 12 (vendredi).
Rangement des affaires
TIG et remise des diplômes.
Un moment solennel, en présence du chef de corps, avec qui nous avons eu la chance de partager un petit-déjeuner
Les deux premiers, dont j'ai la fierté de faire partie, ont reçu la distinction de première classe, avec le fameux coup de poing au thorax des cadres présents.
Fin de la formation à 12h.
Mon avis personnel
Le ramassage
Nous n'en avons pas eu tant que ça, mais ceux que nous avons vécus étaient intenses, et « comme il fallait » : à la limite de l'inatteignable, avec un vrai choc mental. Après cela, je me sentais un peu perdu, malgré mon « aguerrissement » passé et mes expériences de vie: suis-je vraiment une merde ?
J'ai toujours vu le ramassage comme une épreuve d'autorité. Le caporal-chef qui en était chargé incarnait l'autorité et la discipline. Comme avec des enfants, être « puni » ne nous faisait pas le détester : nous le respections et lui faisions confiance, un peu comme dans une relation parent-enfant.
Ma seule critique porte sur l'exemplarité de l'encadrement. Trop souvent, nos séances ressemblaient à un spectacle : nous souffrions, seul le caporal-chef « ramassait avec nous », et les autres cadres regardaient. J'aurais aimé les voir participer. Cela leur aurait donné encore plus de crédibilité.
Le personnel féminin
J'ai vu sur un autre post récent un débat à ce sujet, et je sais que le sujet est sensible.
De mon côté, j'ai été impressionné par nos trois camarades : elles sont allées jusqu'au bout et n'ont pas démérité.
J'ai toutefois perçu une forme de traitement de faveur : une chambre de 12 places pour 3 personnes, des sanitaires avec 12 douches et 12 lavabos pour 3, plus de souplesse pour aller aux toilettes, etc.
Général
J'ai trouvé ce que je venais chercher. J'ai souffert, et je suis fier du résultat. J'ai adoré l'expérience, et pourtant l'envie de partir m'a traversé plusieurs fois, surtout les premiers jours, quand la culpabilité vis-à-vis de ma famille me rongeait. Le premier ramassage « en position » m'a donné des frissons. Mon côté maso a été servi. La remise des bérets et le pas gymnastique resteront mes plus grands moments.
L'alimentation, l'hydratation et les toilettes ont été une vraie difficulté au départ. Habitué à grignoter, je devais me contenter des repas de l'ordinaire, boire et remplir ma gourde quand c'était permis. Idem pour les toilettes : je n'avais pas l'habitude de demander la permission, et à 32 ans, ça pique.
J'étais le plus âgé des stagiaires, et presque de l'encadrement aussi. Ce fut une surprise, et je me suis demandé si j'étais à ma place. Au final, j'ai été bien intégré, et je crois avoir joué le rôle que la jeunesse attendait de moi.
Il manque à mon sens du contexte à la formation. Les cours suivent le programme, c'est très bien. Mais je crois que nous avons tous besoin, et les plus jeunes encore plus, de comprendre où nous mettons les pieds. Nous manipulons des armes. Le risque avec lequel nous travaillons, c'est la mort. Cela mérite un temps de recul. Je comprends que les missions, après la formation, permettent de mieux en prendre la mesure.
J'ai passé (beaucoup) trop de temps à faire et défaire les lits. Vraiment. Cela fait partie de la formation, mais j'aurais préféré faire autre chose : j'ai sans doute passé plus de temps sur mon lit (et sur celui des autres) qu'à réviser.
Nous avons terminé à 11, contre 16 au départ : incompatibilités, blessures. La cohésion n'est vraiment venue qu'une fois le groupe « final » constitué. Sans être péjoratif, c'est une tout autre aventure de savoir qu'on peut compter sur chaque membre de la section.
La récupération
Après le terrain, j'ai été terrassé par la fatigue, sans réussir à récupérer. Je somnolais pendant certains cours et pendant le nettoyage de l'armement. Il m'a fallu quelques jours après la formation pour retrouver un semblant de forme.
Physiquement, j'ai beaucoup donné, avec beaucoup de plaisir, surtout lors du parcours d'obstacles, où j'ai récolté pas mal de petits bobos.
On dit qu'on perd du poids pendant la formation. De mon côté, seulement 1,5 kg.
Je serais ravi d'échanger sur ce RETEX, ici ou en message privé.