Je me suis promis de faire un RETEX sur ce forum de ma période FGI-R, mais je voulais aussi attendre pour laisser mûrir ma réflexion. J'ai choisi de vous faire un état de mon premier trimestre de réserviste après la FGI-R et une première période d'activité en unité.
Je me suis engagé en tant que réserviste avec un objectif clair : servir et contribuer à la défense des valeurs qui me tiennent à cœur. Ma participation à la Formation Générale Initiale des Réservistes (FGI-R) cet été a marqué le début de cette aventure, suivie d’une première période de réserve riche en enseignements.
Ce RETEX est l’occasion de partager mon vécu, mes satisfactions, mais aussi mes interrogations et mes frustrations, dans l’espoir que cela puisse éclairer d’autres réservistes ou animer des discussions au sein de mon unité.
Bilan personnel : entre fierté et frustrations
Fierté et satisfaction
Engagement reconnu : j’ai été particulièrement touché par la reconnaissance de mes supérieurs, qui ont salué mon implication malgré mon âge avancé. Leur admiration a renforcé ma conviction que l’expérience et la volonté comptent autant que la jeunesse.
Relation avec les jeunes : surpris (et honoré) par l’admiration et la considération que j’ai reçues de la plupart des jeunes réservistes. Leur respect m’a motivé à donner le meilleur de moi-même.
Un moment inoubliable : la remise de mon béret, qui a été pour moi très particulière et très belle, restera gravé dans ma mémoire. Ce symbole de transmission et de confiance a été un point fort de cette période.
Frustrations et défis
Limites physiques : une gêne sérieuse à une articulation en fin de FGI-R m’a empêché d’être à 100 % de mes capacités, tant physiquement que mentalement. La douleur physique a accru ma charge mentale, me faisant douter de ma légitimité sur le terrain. Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ?
Module Bravo non validé : malgré mes efforts, je n’ai toujours pas réussi à valider mon module de tir au fusil d’assaut (FAMAS et HK 416). Cette déception récurrente pèse sur mon moral, mais je ne compte pas abandonner.
Fatigue et questionnement : en fin de formation, épuisé physiquement et moralement, je me suis demandé : « Mais que fais-je là ? ». Une question existentielle, qui je pense est attendue et doit être vécue dans le cadre de la formation, qui est passée depuis. Et un moment de doute que j'ai su surpasser, car je m'y attendais et m'y suis préparé.
Observations sur les dynamiques collectives
Relations avec les jeunes réservistes
Avec les hommes : une bonne entente, voire une forme de complicité, basée sur le respect mutuel et la reconnaissance de l’expérience.
Avec les femmes : j’ai ressenti une distance marquée, difficile à expliquer. Plusieurs hypothèses me traversent l’esprit :
Âgisme : une méfiance liée à mon âge, perçu comme un fossé générationnel ?
Crainte des malentendus : dans un contexte où les questions de harcèlement sont omniprésentes (mouvements #MeToo, formations obligatoires), certaines jeunes femmes pourraient adopter une attitude de prudence extrême, voire de repli.
Manque de confiance : leur isolement entre elles (bavardages en cours d’instruction, peu d’interactions avec le reste du peloton) pourrait aussi traduire une timidité ou une stratégie de solidarité face à un environnement perçu comme hostile.
Je n’ai pas encore identifié la cause exacte, mais cette distance m’interpelle et me pousse à la prudence.
Relations avec les supérieurs
Reconnaissance et admiration : mes supérieurs ont été très positifs quant à mon engagement. Leur feedback a été une source de motivation, même si j’ai parfois ressenti une pression à la hauteur de leurs attentes.
Comportements problématiques
Critiques en coulisses : j’ai été assez choqué par le manque de franchise de certains cadres militaires du rang (brigadiers), qui préfèrent critiquer entre eux plutôt que d’aborder directement les problèmes avec les personnes concernées. Exemple : j’ai surpris une brigadière en train de commenter négativement devant un auditoire de 5 pacs (toutes-tous 1ère classe) un collègue… sans qu’il soit au courant.
Absence de bienveillance : certains, très jeunes (20 ans) et fraîchement promus, semblent peu ouverts au dialogue, avec une tendance à donner des ordres ou à juger sans constructivité.
J’ai toujours prôné l’action plutôt que les paroles, mais j’ai constaté que cette valeur n’était pas concrètement partagée par tous.
Ces comportements, bien que minoritaires, peuvent nuire à la cohésion du groupe.
D'où ces questions
Comment briser la glace avec les jeunes réservistes féminines sans risquer de malentendus ? La peur des accusations infondées de harcèlement me rend particulièrement prudent, au point de parfois éviter toute interaction.
Comment aborder la question des critiques indirectes ? Dois-je en parler en cadre formel (avec un supérieur, un référent RH) ou privilégier l’exemple par mon propre comportement ?
Comment progresser sur le module Bravo ? Faut-il un entraînement spécifique, une gestion différente du stress, ou un ajustement technique ?
Je me dis alors sans aucun doute qu'il y a moyen d'avancer
Pour moi
Gestion physique : travailler sur ma condition (kinésithérapie, renforcement musculaire) pour limiter l’impact de mes articulations blessées (ou usées) sur mes performances.
Module Bravo : identifier précisément mes points faibles (précision, rapidité, gestion du stress) et m’entraîner, mais ça, ça va de soi...
Communication : continuer à prôner la transparence et le dialogue direct, même si cela va à contre-courant de certaines habitudes.
Pour l’unité
Sensibilisation aux dynamiques intergénérationnelles et de genre : communication bienveillante, gestion des conflits.
Renforcer la cohésion : des moments informels (repas, activités) pour favoriser les échanges entre tous les membres du peloton, sans distinction d’âge ou de genre. D’ailleurs, nous avons réussi à mettre cela en place lors de la période d'activité déroulée il y a quelques jours.
Conclusion : un engagement intact
Malgré les défis, je suis toujours aussi fier d’être réserviste. Cette première période a confirmé mon attachement à ces valeurs de service, de discipline et de camaraderie. Les frustrations (physiques, relationnelles ou techniques) ne font que renforcer ma détermination à m’améliorer.
Je reste convaincu que l’union fait la force, et que chaque réserviste, quels que soient son âge ou son genre, a sa place dans cette aventure collective.
Mon objectif ? Contribuer à une dynamique plus ouverte, plus transparente, et plus solidaire.
Je me dis : « Un obstacle à la fois, une chose après l'autre, comme en course à pied, une foulée après l’autre. »