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La France et les Philippines veulent établir une « intimité stratégique et opérationnelle »


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En plus d’une guérilla communiste et de la persistance de la menace jihadiste, les Philippines doivent faire face aux visées chinoises sur leurs possessions en mer de Chine méridionale. Et cela alors que, dans une décision rendue en juillet 2016, la Cour permanente d’arbitrage [CPA] de La Haye a estimé que les revendications de Pékin n’avaient « aucun fondement juridique ».

Ayant déjà perdu, dans les années 1990, le contrôle du récif de Mischief après le déploiement d’une importante flottille de navires de pêche appartenant en réalité à la milice maritime chinoise [PAFMM – People’s Armed Forces Maritime Militia], Manille avait saisi la CPA au sujet de l’atoll de Scarborough, qui, situé au large de l’île de Luçon, venait alors de connaître le même sort.

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Pour autant, la décision de cette dernière ne changea rien à la situation… Et, depuis, la Chine a accru sa pression sur d’autres possessions philippines, dont l’île de Pag Asa, le récif de Whitsun [encore appelé « Julian Felipe »] et le banc Second Thomas [ou Second Thomas Shoal], où un détachement de l’infanterie de marine philippine tient garnison dans le BRP Sierra Madre, un ancien navire américain de la Seconde Guerre Mondiale qui y a été volontairement échoué.

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Ces dernières semaines, la situation autour du Second Thomas Shoal s’est envenimée, la garde côtière chinoise cherchant à empêcher le ravitaillement du détachement philippin qui y est déployé. Ce qui a donné lieu à plusieurs incidents sérieux. Aussi, ses capacités militaires étant limitées, Manille cherche à établir des partenariats avec d’autres pays.

Après que leur relation a connu un coup de froid durant le mandat du président Rodrigo Duterte [2016-2022], malgré un accord de défense signé en 1947, les Philippines et les États-Unis ont relancé leur coopération militaire, ce qui s’est récemment traduit par l’organisation d’exercices de grande ampleur et des patrouilles maritimes conjointes. En outre, Manille a ouvert l’accès de quatre bases supplémentaires aux forces américaines.

Mais le président philippin en exercice, Ferdinand Marcos Jr., entend aller plus loin. Ainsi, en septembre dernier, les Philippines ont signé un accord de partenariat stratégique avec l’Australie, ce qui a ouvert la voie aux premières manoeuvres navales conjointes entre les deux pays, en mer de Chine méridionale, le 27 novembre.

Et il en question d’en faire de même avec le Japon, des négociations en vue d’établir un accord de défense autorisant le déploiement des forces armées des deux pays sur leurs territoires respectifs ayant été ouvertes au début du mois dernier. En attendant, Tokyo a promis de fournir à Manille un système radar de surveillance côtière ainsi que des patrouilleurs. Et cela afin de lui permettre de « faire respecter le droit maritime ».

Puissance de la zone Indo-Pacifique de par ses territoires d’outre-mer [Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Wallis-et-Futuna, Clipperton, etc.], la France a déjà signé un accord de coopération de défense avec les Philippines, en mai 2016 [soit quelques semaines avant l’élection de Rodrigo Duterte, ndlr].

« Cet accord servira de cadre au développement des relations entre les services de la défense et les forces armées françaises et philippines, ainsi qu’à la promotion de la coopération de défense bilatérale en matière d’équipement de défense, de logistique et d’industrie de défense », avait expliqué l’ambassade de France à Manille, à l’époque. Et il était notamment question d’établir une « coopération renforcée à travers des visites de haut niveau, des consultations sur la politique de défense, des formations et exercices de renforcement des capacités, des échanges d’informations, et le développement d’une coopération navale ».

Depuis, des marins philippins ont été accueillis à Brest pour une formation aux opérations sous-marines assurée par DCI Group, Naval Group étant en lice pour livrer deux sous-marins Scorpène aux Philippines. Cependant, ce marché est aussi convoité par l’espagnol Navantia et le sud-coréen Hanwha Ocean. Ce dossier va-t-il bientôt aboutir?

 
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En attendant, et avant de se rendre à Nouméa pour participer à la réunion des ministres de la Défense du Pacifique Sud, qui se tiendra le 4 décembre, le ministre des Armées, Sébastien Lecornu, a fait une escale à Manille, où il a rencontré Gilberto Teodoro, son homologue philippin.

Et, à cette occasion, les deux responsables ont signé une lettre d’intention portant sur « la sécurisation juridique des différents partenariats opérationnels et des activités ». En clair, il s’agit pour les Philippines de sceller avec la France un accord similaire à celui envisagé avec le Japon.

« Nous avons l’intention de prendre des mesures concrètes pour améliorer et rendre plus complète notre coopération en matière de défense », a justifié M. Teodoro.

« La France et les Philippines sont deux Nations de l’Indopacifique. Nous partageons la même vision d’un Indopacifique libre et ouvert », a relevé Sébastien Lecornu. La signature de cette lettre d’intention vise à « rehausser notre partenariat et offrir un cadre juridique plus sûr à nos interactions opérationnelles », a-t-il poursuivi, avant d’annoncer l’ouverture, dans le courant de l’été 2024, d’une « mission de défense à Manille pour créer de l’intimité stratégique et opérationnelle entre nos deux armées et augmenter le nombre d’escales navales et aériennes aux Philippines ».

Photo : Marine nationale

Ya Rab Yeshua.

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