https://lignesdedefense.ouest-france.fr/londres-developpe-et-propose-a-ses-allies-sa-propre-version-de-la-dissuasion-avancee-mise-en-place-par-emmanuel-macron/
Cavalier seul de Londres? Double emploi? Ou convergence attendue d’une stratégie franco-britannique?
Selon des informations parues dans la presse en Finlande (avec des explications du général britannique Gwyn Jenkins, le First Sea Lord), la Grande-Bretagne a proposé d’étendre sa dissuasion nucléaire nationale aux neuf autres membres de la Force expéditionnaire conjointe (JEF, créée en 2014) dirigée par le Royaume-Uni, ajoutant ainsi une couche de protection nucléaire régionale aux dispositifs existants de l’OTAN.
Un accord en ce sens pourrait être signé en novembre.
Cette Force expéditionnaire conjointe (JEF) regroupe, outre le Royaume-Uni, la Finlande, le Danemark, l’Estonie, l’Islande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède.
Précision: le Royaume-Uni assure sa dissuasion nucléaire principalement grâce à sa flotte de quatre SNLE de la classe Vanguard, armés de missiles Trident. Il ne dispose pas de vecteurs aériens, à l’inverse de la France dont les Rafale peuvent tirer des missiles nucléaires.
Pas de cavalier seul mais une stratégie commune de Londres et Paris
Une certitude: la dissuasion nucléaire demeure parfaitement souveraine, elle ne saurait être, en effet, « partagée » avec les alliés européens.
Mais il s’agit aussi de pouvoir proposer aux pays européens qui le souhaitent d’accueillir des « déploiements de circonstances » des Forces aériennes stratégiques (FAS) sur leur territoire afin de marquer l’engagement de la France et du Royaume-Uni à contribuer à la sécurité de l’ensemble du continent européen si les circonstances l’exigeaient. Les forces nucléaires des deux pays pourraient être coordonnées et mettre en place un groupe de pilotage chargé de la politique, des capacités et des opérations dans le domaine du nucléaire militaire. Ces forces nucléaires anglo-françaises pourraient aussi contribuer à un effort commun de réassurance destiné aux partenaires européens en s’accordant sur le fait qu’il « n’existe pas de menace extrême contre l’Europe qui ne susciterait pas de réponse des deux nations ».
Cette proposition s’inscrit en fait dans le cadre des Traités de Lancaster House (2010) et de la Déclaration conjointe du 14 juillet 2025 sur la modernisation de la coopération de défense et de sécurité entre la France et le Royaume-Uni pour approfondir les engagements anciens en matière de coopération des deux dissuasions nucléaires indépendantes et les ouvrir aux pays alliés.
Voici un extrait de cette Déclaration précisant l’approfondissement cité et ses cinq modalités:
« 1. en définissant notre contribution à la défense de nos partenaires européens et de nos Alliés de l’OTAN et en rappelant que, si nos forces nucléaires sont indépendantes, elles peuvent être coordonnées, comme indiqué dans la Déclaration de Northwood ;
2. en améliorant la compréhension mutuelle de nos politiques, doctrines et plans respectifs de dissuasion nucléaire et en renforçant notre capacité à prendre des décisions coordonnées en temps de paix et en temps de crise ;
3. en développant la coopération dans la recherche nucléaire (comme engagé depuis 2010), notamment en utilisant davantage les installations de l’autre pays ;
4. en nous concertant davantage pour préserver et consolider l’architecture internationale de non-prolifération ;
5. en créant un groupe de pilotage nucléaire France-Royaume-Uni pour assurer la direction politique de cette coopération menée sous l’égide de la Présidence de la République française et du Cabinet Office afin d’assurer la coordination des politiques, des capacités et des opérations. »
La dissuasion avancée
La France est allée plus loin dès l’année suivante. Le 2 mars 2026, à l’Ile Longue (Finistère), le président Emmanuel Macron a en effet annoncé une politique de « dissuasion avancée ». Elle permet aux pays européens éventuellement associés de prendre part à des exercices de dissuasion, de contribuer par des forces conventionnelles à des opérations liées au nucléaire et, potentiellement, d’accueillir le déploiement temporaire d’éléments des forces aériennes stratégiques françaises.
Le président Macron a souligné, en mars, que la France conserverait bien sûr l’autorité exclusive sur tout usage de ses armes nucléaires et que cette initiative viendrait compléter les dispositifs nucléaires de l’OTAN plutôt que de les remplacer.
La Finlande est devenue, le 14 septembre, le dernier pays en date à intégrer ce cadre français. Elle a rejoint le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède, le Danemark et la Norvège. Voir mon post: La Finlande, 10e pays à rejoindre l’initiative française de dissuasion nucléaire « avancée ».
Sur cette « dissuasion avancée », on lira aussi le récent rapport sénatorial « La dissuasion avancée : renforcer la défense de l’Europe dans le respect de l’indépendance nationale« . Y sont énoncées les possibilités d’associer les alliés européens aux exercices de la dissuasion nucléaire (via les exercices Poker en particulier).