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L’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan n’a pas les moyens de ses ambitions, selon la Cour des comptes


BTX

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Dans le cadre du projet « ESCC 2030 », dévoilé en septembre 2020 par l’état-major de l’armée de Terre, Les Écoles militaires de Saint-Cyr Coëtquidan changèrent de nom pour devenir « l’Académie militaire Saint-Cyr Coëtquidan » [AMSCC], laquelle devait être « à la fois le creuset » et la « véritable maison mère des officiers ».

Cela s’était accompagné d’une réforme des enseignements dispensés aux élèves officiers de l’École spéciale militaire [ESM], de l’École militaire interarmes [EMIA, recrutement semi-direct] et de l’École militaire des aspirants de Coëtquidan [EMAC, ex-ESM 4].

S’agissant plus particulièrement de l’ESM, il était alors question de trouver un nouvel équilibre entre son statut de « grande école », avec le développement d’activités de recherche, et le renforcement de son identité militaire. En outre, afin de faire remonter le taux d’encadrement de l’armée de Terre, l’AMSCC aura à former 15 % d’officiers en plus dans les années à venir… tout en accueillant davantage d’élèves étrangers, comme l’y invite la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30.

Est-elle actuellement en mesure de relever ces défis ? La Cour des comptes en doute, estimant que l’AMSCC n’a pas les moyens de ses ambitions. C’est en effet ce qui ressort d’un rapport qu’elle vient de publier.

Ainsi, a-t-elle constaté, « le modèle de formation a atteint aujourd’hui des limites qui ne pourront être dépassées qu’au prix d’une remise à plat complète des programmes ».

Et cela pour au moins trois raisons.

La première est que les « exigences des organismes d’accréditation sont mal interprétées » et que « les enseignements spécifiques [sont] insuffisamment valorisés ». Ce qui fait que, faute de « révision périodique des programmes », cela « aboutit à un empilage de cours sans remise en question de l’existant ». Enfin, la coordination entre les différentes directions de formation est « déficiente » à cause d’une organisation dite « en silos ».

La scolarité au sein de l’ESM et de l’EMIA est très « dense », avec un volume d’heures de cours hebdomadaires très élevé.

Ainsi, relève la Cour des comptes, « pendant les trois semestres à dominante académique de sa formation, la semaine type d’un élève-officier de l’ESM comprend au total 50 heures de formation [sans compter les activités éventuellement planifiées les week-ends] dont 35 heures de cours académiques ». Cela vaut aussi pour ceux de l’EMIA, qui doivent suivre 45 heures de formation par semaine. Et encore, il n’est pas question du temps devant être consacré au travail personnel.

Pour autant, un telle charge de travail n’a pas d’incidence sur le nombre de départs en cours de scolarité, qui est de 6,85 élèves par promotion de l’ESM.

Cependant, souligne le rapport, le « risque est de voir une formation académique trop lourde empiéter sur la formation militaire alors que cette dernière est fondamentale pour satisfaire les besoins de l’armée de Terre en matière de préparation et d’emploi des forces ».

La marge de manoeuvre est étroite puisque l’AMSCC est membre de la Conférence des grandes écoles et qu’elle est « habilitée par le ministère chargé de l’enseignement supérieur pour délivrer les diplômes de grade de master ou licence ». En clair, elle a des obligations qu’elle doit respecter pour, entre autres, être accréditée par la Commission des titres d’ingénieur [CTI]. Or, explique la Cour des comptes, les « exigences des organismes d’accréditation sont mal interprétées pour l’ESM et se traduisent par une insuffisante valorisation des enseignements spécifiques ».

Par ailleurs, en tant que « grande école », l’AMSCC doit développer les activités de recherche ainsi que la formation continue. Seulement, selon le rapport, ces « missions d’enseignement supérieur sont assurées et reconnues, mais leur développement est freiné par l’absence de personnalité juridique de l’école ».

En effet, contrairement à l’École navale et à l’École de l’Air & de l’Espace, l’AMSCC n’a pas encore opté pour un statut d’établissement public, ce qui la prive d’une certaine autonomie financière, de la capacité à collecter des fonds en son nom propre et, éventuellement, de financements européens.

Ainsi, alors que son fonctionnement coûte, selon le rapport, environ 121 millions d’euros par an, son budget « métier », le seul sur lequel elle a la main, ne s’élève qu’à 3,8 millions d’euros. Et encore, la moitié de ce montant couvre le coût de ses « relations extérieures », qui « font partie de ses missions en tant qu’organisme d’enseignement supérieur et participent à son rayonnement et à la qualité de la formation ».

À vrai dire, ce n’est pas la simplicité qui caractérise le financement de l’AMSCC… Financement qui relève de deux programmes budgétaires différents [le 212 et le 178] depuis 2012.

« L’Académie militaire n’est pas un établissement public mais un simple service de la direction des ressources humaines de l’armée de Terre, comme l’ensemble des autres écoles de cette armée. Dès lors, les dépenses au profit de l’Académie militaire transitent par 15 à 20 canaux budgétaires différents, chacun étant régi par des règles spécifiques et géré par des responsables différents », explique la Cour des comptes.

Mais au-delà de ces considérations, c’est surtout au niveau du soutien que le bât blesse. Avant la création, en 2017, de la base de défense Rennes-Vannes-Coëtquidan [BdD RVC], l’Académie militaire avait encore le contrôle de celui-ci. Or, ce n’est plus le cas maintenant, ce qui a des conséquences sur la gestion de son personnel, ses infrastructures et sa fonction « restauration ».

« Alors que près de 90 % du budget à sa main couvrent en effet des dépenses obligatoires, l’AMSCC est désormais, pour ses autres ressources, et principalement pour celles qui concernent les soutiens, soumise aux arbitrages budgétaires du commandant de la base de défense qui dispose de son côté de marges de manœuvres particulièrement réduites », lit-on dans le rapport.

S’agissant des infrastructures du camp de Coëtquidan, la cote d’alerte est sur le point d’être atteinte, voire déjà dépassée… « L’insuffisance notable d’entretien depuis des années entraîne des pertes de capacités d’usage », ce qui pourrait se traduire, si rien n’est fait, par la fermeture de la piscine, à cause de sérieux problèmes de structure au niveau du bassin ». Autre exemple : la station d’épuration du camp, construite en 1957, pour une durée de vie de 30 à 40 ans, n’est plus aux normes.

« La faiblesse des crédits immobiliers conduit aussi les usagers du camp de Coëtquidan à adopter une logique de ‘cannibalisation’ des bâtiments : dès que l’un d’eux est trop dégradé pour être utilisé, l’activité est déplacée dans un autre bâtiment moins dégradé sans que le premier soit rénové », avance la Cour des comptes, qui n’hésite pas à parler d’un « état visible de délabrement », qui ne peut que nuire à la réputation de l’AMSCC.

Ainsi, poursuit-elle, « les trois places d’armes du camp […] sont dans un état de dégradation ‘moyen’ à ‘avancé’, à tel point que celle de l’EMAC est inutilisable ». Quant à la capacité d’hébergement, elle ne sera plus suffisante à partir de 2025…

« Les crédits consacrés au petit et gros entretiens continuent de décroître. Mal entretenus, les bâtiments sont parfois très dégradés, au point d’être pour tout ou partie inutilisables, tandis que les dépenses de maintenance lourde ne sont pas suffisantes pour freiner la détérioration du bâti. À terme, cette dégradation pourrait entraver la capacité du camp à remplir ses missions élémentaires, alors même que les crédits immobiliers représentent moins de 6 % du coût total de l’Académie militaire. Les coûts de rattrapage risquent encore de s’accroître tant que les bâtiments demeurent insuffisamment entretenus », résument les magistrats de la rue Cambon.

Quant à la fonction « restauration », elle risque aussi d’arriver à saturation à court terme. Depuis la fermeture du restaurant Turenne, en 2017, elle repose actuellement sur les restaurants De Lattre et Wagram.

Or, ceux-ci sont « sous tension pour répondre aux besoins des écoles et autres unités du camp ». Si un nouveau doit être ouvert en 2027 par l’Économat des armées, il « n’est pas certain que le restaurant Wagram, confronté à un vieillissement de son personnel et à la vétusté de son matériel, soit capable de maintenir son niveau de production d’ici à cette ouverture », prévient le rapport.

Et d’ajouter : « Au niveau central, les hésitations tant de l’état-major de l’armée de Terre que de la direction centrale du service du commissariat des armées sur la direction à suivre sont à l’origine de ce risque de rupture, lequel, s’il se réalise, nécessitera sans doute de mettre en œuvre des solutions palliatives emportant d’inévitables surcoûts ».

En attendant, pour la Cour des comptes, l’Académie militaire de Saint-Cyr Coëtquidan n’a pas les moyens de ses ambitions pour le moment. « D’un côté, ses projets de développement pédagogique s’approchent du modèle des ‘grandes écoles’, même si son activité majoritaire demeure la formation militaire d’officiers des armes. D’un autre côté, les rigidités de sa gestion ne lui permettent pas de disposer de tous les outils, notamment juridiques, pour mettre en œuvre facilement ses projets », résume-t-elle.

Aussi, l’armée de Terre aura à faire un choix. Soit il s’agira de recentrer l’AMSCC sur la formation militaire de ses futurs officiers, ce qui supposera de renoncer à « certains objectifs d’expansion dans le registre académique », soit il faudra faire évoluer son statut juridique, à l’image de ses homologues de la Marine nationale et de l’armée de l’Air & de l’Espace.

Photo : armée de Terre

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Ya Rab Yeshua.

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http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2024/02/22/l-academie-militaire-de-saint-cyr-coetquidan-manque-de-moyen-24445.html

............../..............

La Cour invite l’armée de terre à ajuster le cadre de fonctionnement de l’AMSCC aux ambitions qu’elle lui assigne et aux moyens qui doivent en résulter. D'où ses dix recommandations: 

recommandations.jpg

A noter dans le dernier numéro de Raids (452 de mars) une interview du général Hervé de Courrèges, le commandant de l'AMSCC.

Ya Rab Yeshua.

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