BTX Posté(e) il y a 1 heure Signaler Posté(e) il y a 1 heure https://www.revueconflits.com/lor-la-jungle-et-les-armes-la-legion-en-guyane/ Photo : Saut Tourepe river checkpoint on the Approuague river manned by the legionnaires of the 3REI and 3 gendarmes from Brittany and departure of a patrol on the river then on a forest path in RÃ'gina during the operation Harpie to combat illegal gold panning in Regina on March 24, 2024//01JACQUESWITT_Legion050/Credit:Jacques Witt/SIPA/2403241934 Jungle impénétrable, fleuves comme seules routes, mercure empoisonnant les écosystèmes, réseaux criminels transnationaux… En Guyane, l’armée française mène depuis 2008 une bataille discrète et sans fin contre l’orpaillage illégal. Le chef de bataillon Rémi, officier du génie ayant servi au 2e Régiment Étranger de Génie, nous plonge dans les coulisses de l’opération Harpie : une mission délicate sur le plus vaste territoire frontalier de France. Cet entretien est la transcription du podcast réalisé avec le chef de bataillon Rémi. À retrouver ici. Une émission réalisée en partenariat avec l’École de Guerre – Terre. Propos recueillis par Jean-Baptiste Noé Pouvez-vous nous présenter brièvement la Légion étrangère pour ceux qui ne sont pas familiers des questions militaires ? La Légion étrangère est un corps de soldats étrangers commandé par des officiers français. Au sein de ces officiers, il y a quelques légionnaires qui ont réussi à gravir tous les échelons et à atteindre le statut d’officier — ce sont bien souvent des légionnaires passés à titre français, c’est-à-dire qui ont obtenu la nationalité française. Dans quelles conditions géographiques se déroulent l’opération Harpie ? La jungle représente la majeure partie du territoire, avec une géographie singulière : beaucoup de mouvements de terrain et de nombreux cours d’eau. Ce sont d’ailleurs les fleuves qui font office de frontières — le Maroni à l’ouest avec le Suriname, et l’Oyapock à l’est avec le Brésil. C’est sur ce territoire que l’on agit dans le cadre de la mission Harpie, qui est le volet militaire de la lutte contre l’orpaillage illégal. Où sont situées les bases militaires en Guyane ? Il y a deux principales unités de l’armée de Terre en Guyane française : le 9e Régiment d’Infanterie de Marine, situé à Cayenne, et le 3e Régiment Étranger d’Infanterie, situé à Kourou. Dans le cadre de l’opération Harpie, ces deux unités se partagent le territoire guyanais avec des zones de responsabilité bien spécifiques. Combien de temps faut-il pour rejoindre la frontière depuis Cayenne ou Kourou ? Tant que l’on reste près de la côte, il y a une route et on peut être proche de la frontière surinamaise en moins de deux heures. En revanche, dès que l’on s’engage en jungle, on compte plutôt en heures de pirogue. Certains détachements de ma compagnie nécessitaient plus de sept heures de pirogue, et pour certaines missions isolées, plusieurs jours de navigation avant de rejoindre nos zones d’intérêt. La pirogue est donc le principal moyen de transport ? L’hélicoptère est-il aussi utilisé ? Oui, l’opération Harpie est une opération interarmées et l’hélicoptère est également utilisé pour se déployer en forêt amazonienne. Il est particulièrement précieux pour les évacuations sanitaires, permettant d’intervenir très rapidement sur un point donné. La pirogue, quant à elle, peut transporter un groupe de combat pour les plus petites, ou une section entière pour les plus grandes. C’est aussi le moyen utilisé par les logisticiens de l’orpaillage illégal, qui peuvent transiter avec parfois près d’une tonne de carburant pour approvisionner les sites. Sous quelle forme trouve-t-on l’or en Guyane ? Il y a plusieurs types d’orpaillage illégal. On distingue d’abord les sites primaires, dans lesquels l’or se trouve au fond de galeries et de puits. Ensuite, les sites alluvionnaires, où l’on utilise de l’eau et des motopompes pour chasser les paillettes d’or dans les sédiments du sol. Enfin, sur les cours d’eau, des barges permettent de récupérer l’or directement dans les fonds des rivières. L’usage du mercure est-il toujours pratiqué ? Oui, tout à fait. C’est d’ailleurs un véritable enjeu écologique, car les orpailleurs illégaux utilisent du mercure pour amalgamer les paillettes d’or. Ce mercure se retrouve ensuite dans la nature, puis dans les cours d’eau, où il est ingéré par les poissons. C’est tout l’écosystème guyanais qui se trouve menacé par ces quantités impressionnantes de mercure déversées dans les cours d’eau. Et, in fine, les hommes qui mangent ces poissons sont également affectés. Quelle est l’ampleur de l’orpaillage illégal en Guyane ? On estime à environ 15 000 le nombre d’orpailleurs illégaux présents sur le territoire guyanais. Ce trafic nourrit par ailleurs d’autres trafics parallèles : trafics d’êtres humains via la prostitution, trafics de drogue, parfois trafics d’armes. C’est tout un écosystème contre lequel lutte la mission Harpie. Pour être vraiment efficace, la lutte doit combiner plusieurs volets : le volet répressif qu’est Harpie, mais aussi les volets social, économique et diplomatique avec les pays voisins. Qui sont ces orpailleurs illégaux ? L’orpaillage illégal en Guyane est principalement pratiqué par des étrangers en situation irrégulière. Les deux principaux pourvoyeurs de main-d’œuvre sont le Brésil et le Suriname. Lors de nos interventions, nous sommes toujours accompagnés de gendarmes, qui délivrent des obligations de quitter le territoire français. C’est relativement efficace : d’une opération à l’autre, on observe des flux d’orpailleurs retournant vers le Brésil ou le Suriname à la suite de l’intervention des forces armées. Les pays voisins coopèrent-ils dans cette lutte ? Il existe une véritable coopération, notamment avec le Brésil, qui se matérialise par des patrouilles communes le long de l’Oyapock entre militaires français et militaires brésiliens. Le Suriname, de son côté, cherche également à s’emparer du problème à sa mesure. Y a-t-il des acteurs internationaux, notamment chinois, impliqués dans ces trafics ? Ce dont on peut parler, ce sont les comptoirs chinois tenus par la diaspora chinoise le long du Maroni, côté surinamais. Ils représentent la plus grande partie du matériel acheté par les orpailleurs illégaux. Ces derniers viennent y acquérir leur équipement en le payant directement en or, alimentant ainsi un trafic de bien plus grande envergure. Concrètement, comment luttez-vous contre l’orpaillage sur le terrain ? Pour avoir un effet significatif, on doit être présent à peu près partout sur le terrain. Nous intervenons directement sur les sites d’orpaillage et procédons, avec les gendarmes, à des saisies et des destructions. C’est ce qui fait le plus mal aux orpailleurs : saisir leur matériel, pirogues, quads, motopompes. On trouve aussi parfois de l’or caché sur les sites. En tant que sapeurs, nous assurons également un volet de destruction à l’explosif de certaines mines, pour les détruire en profondeur. C’est un savoir-faire typiquement militaire qui justifie pleinement notre présence en appui des forces de sécurité intérieure. Pourquoi mobiliser l’armée plutôt que la seule gendarmerie ? Nous intervenons dans le cadre d’une réquisition préfectorale, selon ce qu’on appelle la règle des 4I : les moyens des forces de sécurité intérieure doivent être indisponibles, insuffisants, inexistants ou inadaptés. L’armée apporte des savoir-faire spécifiques, notamment en destruction d’ouvrages et en fouille opérationnelle, cette dernière consistant à fouiller méthodiquement un site d’orpaillage pour y trouver des ressources souvent enterrées ou dissimulées à proximité. Y a-t-il des risques de violence de la part des orpailleurs ? On distingue plusieurs catégories. Les ouvriers travaillant sur les sites sont payés aux résultats mais ne sont pas propriétaires du matériel ; ils sont généralement résignés et ne représentent pas de danger. Les logisticiens, qui se sont parfois endettés pour acquérir leur pirogue ou leur quad, peuvent être plus récalcitrants car il y a un enjeu de survie économique pour eux. Enfin, les trafiquants constituent une tout autre échelle et peuvent être prêts à tout pour défendre leur territoire. Cela dit, nous intervenons dans le cadre du droit français et les orpailleurs le savent : il n’y a globalement pas de violence lors des interventions. On trouve parfois des pièges à gibier aux abords des sites, ce qui peut représenter un danger. Le terme « garimpeiros » est parfois employé. Qui désigne-t-il ? C’est le terme utilisé pour désigner les orpailleurs illégaux. Quel bilan peut-on dresser de l’opération Harpie depuis son lancement ? La mission a débuté en 2008. Depuis ses débuts, on estime à environ 65 millions d’euros l’ensemble du matériel saisi ou détruit. Si l’on regarde les choses à plus haut niveau, on observe une certaine stabilité du nombre de sites d’orpaillage. Ce trafic n’est pas en pleine expansion, grâce aux résultats de cette lutte. En revanche, la hausse récente et significative du prix de l’or a engendré une augmentation du nombre d’orpailleurs, attirés par des revenus plus importants. Combien de militaires sont engagés et combien de temps durent les missions ? Entre 400 et 500 militaires sont engagés quotidiennement sur l’opération Harpie. Parmi eux, des soldats permanents servant au 3e REI ou au 9e RIMa, et des militaires en mission de courte durée d’environ quatre mois, venus renforcer la mission. Sur le terrain, les missions peuvent durer une journée, deux jours, ou plusieurs jours en forêt, avec un ravitaillement assuré par pirogue ou par hélicoptère. Citer Ya Rab Yeshua.
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