Dani Posté(e) 16 juillet 2012 Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 (modifié) Le salut, signe de paix Du temps des Grecs et des Romains, le salut militaire était un signe de paix. Lever la main droite, paume ouverte, signifiait pour deux guerriers qui se rencontraient qu’ils ne possédaient pas d’arme. À ce geste pacifique s’ajouta celui de la courtoisie apparue au Moyen-âge. Avant de se mesurer en joute, les chevaliers levaient la visière de leur heaume de la main droite et montraient leur visage à l’adversaire. À partir du XVIIIe siècle et de la Révolution, le salut prit une autre valeur, celui de la fidélité. Par la suite, lorsque deux militaires se croisaient, ils levaient la main droite vers le ciel en écartant trois doigts (pouce, index, majeur) faisant allusion à la Sainte-Trinité (Dieu, Jésus-Christ et le Saint-Esprit). On coupait les trois doigts de la même main droite aux déserteurs et aux traîtres. Plus tard, le geste s’arrêtait à la hauteur de la coiffe. Lorsque deux militaires échangent un salut, quel que soit leur grade, ils expriment le serment qui lie tous les militaires au drapeau sous lequel ils servent et rappellent leur fidélité à un idéal commun. Il n’a jamais été et ne doit pas être considéré comme une marque de soumission, ainsi que le mentionne l’ancien règlement français d’avant 1914 : « L'officier et le soldat échangent le salut. Le soldat prévient seulement le geste de l'officier. » Sources : CNE Céline Brunetaud/TIM Droits : Armée de Terre 2012 http://www.defense.gouv.fr/terre/contenus-des-dossiers/dossier-esprit-militaire/le-saviez-vous-le-salut-signe-de-paix ---------------------------------------------------- Les actions d’éclat des régiments Les fourragères sont des distinctions honorifiques accordées de façon définitive à une unité et remises lors de cérémonies à tous les militaires y servant. Elles rappellent les actions d’éclat de certains organismes cités plusieurs fois à l’ordre de l’armée au cours d’une même campagne. La citation est la mise à l’ordre du jour, pour une action d’éclat, d’une personne, d’une unité. « C’est lors de la remise de fourragère que j’ai pris conscience que j’étais militaire. Auparavant, j’étais dans l’apprentissage, je suis à présent dans l’action. C’est la concrétisation après la formation initiale », avoue le 1re classe Florian Robin, ému. Napoléon Ier en fit un effet vestimentaire auquel il donna des couleurs différentes : jaune pour les hussards et rouge pour les artilleurs. Cet attribut disparut à la fin de la guerre de 1870 pour renaître en février 1916, afin de renforcer l’esprit de corps et de favoriser la combativité des soldats quelque peu altérée par l'éprouvante bataille de Verdun. Les fourragères sont officiellement instaurées le 21 avril 1916. La couleur de la fourragère dépend du nombre de citations obtenues. Sources : Capitaine Céline Brunetaud/TIM Droits : Armée de Terre 2012 Modifié 20 juillet 2012 par danidu59 Citer
FBI35 Posté(e) 16 juillet 2012 Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 Merci pour ce cours ! :) Citer Brution à partir de septembre 2013 Prochain objectif : Intégrer l'ESM de Saint-Cyr "La guérilla comme loi du terrain, “Qui ose gagne” tel sera notre destin."
romain59760 Posté(e) 16 juillet 2012 Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 Dans le livret de l'engagé , l'origine du salut et marqué page 18 ;) Citer De l'audace toujours.
romain59760 Posté(e) 16 juillet 2012 Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 (modifié) C'est le livret que ma remis mon CeR quand j'ai ouvert mon dossier. C'est ça regarde: http://fr.calameo.com/read/0008909630b334a61b688 Modifié 16 juillet 2012 par romain59760 Citer De l'audace toujours.
Dani Posté(e) 16 juillet 2012 Auteur Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 ok je vois pas , j'ai pas eu lol Citer
Dani Posté(e) 16 juillet 2012 Auteur Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 c'est cela http://fr.calameo.com/read/0008909630b334a61b688 Citer
romain59760 Posté(e) 16 juillet 2012 Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 oui Citer De l'audace toujours.
romain59760 Posté(e) 16 juillet 2012 Signaler Posté(e) 16 juillet 2012 Au début ça m'était grandement utile , maintenant ça me sert à rien quoi , à part pour les coordonnée de mon CeR Citer De l'audace toujours.
Dani Posté(e) 18 juillet 2012 Auteur Signaler Posté(e) 18 juillet 2012 Alors, chantez maintenant ! Le TTA 107 définit le chant comme la première manifestation de la cohésion d’un groupe. Il faut savoir que seul le chant militaire a survécu au fil des siècles, contrairement aux autres chants de métiers (paysans, artisans et ouvriers) qui s’affirmaient comme le signe fort d’une identité. Mars 2012. C’est la fin de la journée sur le camp de Warehouse à Kaboul. Les Roussettes, fantassins de la 2e compagnie du 1er régiment d’infanterie (1er RI), réunis devant des VAB, ne prennent pas les ordres pour le lendemain mais sont bien en train de chanter. « Le chant est un moyen d'expression essentiel à la cohésion. Une troupe qui chante est une troupe qui avance. Je veux que mes soldats soient fiers d’être ce qu’ils sont, des soldats professionnels, et surtout qu’ils le montrent », assure le capitaine Claude Pierre-Joseph, commandant la 2e compagnie du 1er RI. Sources : Capitaine Céline Brunetaud/TIM Droits : Armée de Terre 2012 Citer
FBI35 Posté(e) 18 juillet 2012 Signaler Posté(e) 18 juillet 2012 Ça je le savais Merci ! :) Citer Brution à partir de septembre 2013 Prochain objectif : Intégrer l'ESM de Saint-Cyr "La guérilla comme loi du terrain, “Qui ose gagne” tel sera notre destin."
Dani Posté(e) 20 juillet 2012 Auteur Signaler Posté(e) 20 juillet 2012 L'historique du drapeau Ce symbole tricolore (bleu et rouge pour les couleurs de Paris, le blanc étant le symbole de la royauté) devient officiel par une loi promulguée le 15 février 1794. En 1879, le gouvernement de Freycinet décide de remplacer les drapeaux de laine par de nouveaux emblèmes puisqu’il estimait que la refondation de l’armée française était en bonne voie. La remise solennelle des drapeaux aux armées a lieu le 14 juillet 1880, jour de la fête nationale. « Napoléon Ier disait qu’un soldat qui a perdu son drapeau a tout perdu. Pour moi, c’est l’honneur d’un régiment, ce qu’il évoque du passé. On défend tous la même histoire, mais avec des parcelles de gloire différentes inscrites dans les plis des drapeaux de chaque régiment », déclare le caporal-chef Benjamin Itrac. Le drapeau a été inscrit pour la première fois comme emblème national dans la constitution de 1946. Sources : Capitaine Céline Brunetaud/TIM Droits : Armée de Terre 2012 Citer
Dani Posté(e) 20 juillet 2012 Auteur Signaler Posté(e) 20 juillet 2012 Le ravivage de la Flamme Journaliste au journal « L’intransigeant », Gabriel Boissy se préoccupait de ce qui allait être fait pour commémorer dignement le 11 Novembre. En 1923, il eut l'idée d'une flamme qui rappellerait en permanence le souvenir des Poilus. Cette flamme fut placée sous l’Arc de Triomphe qui abrite la tombe du soldat inconnu, mort pour la France durant la première guerre mondiale. Brûlant en permanence, elle symbolise le souvenir du sacrifice des combattants français et alliés tombés depuis au champ d’honneur. Chaque jour à 18h30 depuis 1923, le président du comité de la Flamme ou son représentant invite un groupe, civil ou militaire, voire parfois des enfants, à procéder au ravivage de la flamme. Sources : Capitaine Céline Brunetaud/TIM Droits : Armée de Terre 2012 Citer
Dani Posté(e) 20 juillet 2012 Auteur Signaler Posté(e) 20 juillet 2012 La Marseillaise La Marseillaise est, à l'origine, un chant de guerre révolutionnaire et un hymne à la liberté, écrit par Rouget de Lisle en 1792 pour l'armée du Rhin, à la suite de la déclaration de guerre de la France à l'Autriche. « La chanter dans un stade n'a pas la même symbolique. Pour nous, la Marseillaise concrétise notre engagement à servir la France », assure le 1re classe Florian Robin. « C’est le cri de ralliement qui fédère autour d’une seule et même cause, celle de défendre la Nation », explique le caporal-chef Benjamin Itrac. Elle a été adoptée comme hymne national français une première fois le 14 juillet 1795, puis définitivement le 14 février 1879, hormis sous le régime de Vichy, qui lui substitue « Maréchal, nous voilà ! » Sources : Capitaine Céline Brunetaud/TIM Droits : Armée de Terre 2012 Citer
zorba Posté(e) 20 juillet 2012 Signaler Posté(e) 20 juillet 2012 Merci pour ce rapel. interessant Citer La guerre est un secret que seuls les combattants connaissent
Timshel Posté(e) 24 juillet 2012 Signaler Posté(e) 24 juillet 2012 La tenue camouflage Longtemps, l’uniforme du soldat français reflétait par ses couleurs et ses dorures le prestige du régiment qu’il représentait. Les couleurs nationales – héritées de la Révolution française et du Premier Empire – avaient une valeur militaire symbolique. En 1829, le pantalon garance devint l’emblème du fantassin français. Fier de son uniforme, le soldat du XIXe siècle et du début du XXe s’efforça de le porter avec élégance et avec respect. Après la défaite de 1870 contre les Allemands, la question de l’invisibilité devint une des grandes préoccupations du ministère de la Guerre. Plusieurs études furent menées en vue de modifier les couleurs[1] [1] En 1898, lors des expériences de tirs menées... suite mais ne suffirent pas pour convaincre l’état-major et la société française de l’évolution nécessaire de l’uniforme. À partir de 1903, toutes les tentatives pour doter l’armée française d’une tenue de teinte neutre échouèrent – alors que les Britanniques avaient adopté le kaki en 1902, les Russes le vert en 1907, les Allemands le feldgrau de couleur gris-campagne en 1907, les Autrichiens le gris-brochet en 1909 et, la même année, les Italiens le gris-vert. Avec cette différence d’appréciation des priorités, un fossé important se creusa entre la France et ses voisins européens. Le conflit se déclencha en 1914 sans que l’on eût cependant résolu le problème des tenues françaises. 2 C’est à l’armée française – ou plus exactement à un artiste de l’École de Nancy – que revint l’idée d’avoir découvert l’importance et l’efficacité du camouflage et d’en avoir fait l’usage le plus remarquable. Le camouflage est une invention lorraine du premier conflit mondial. Il est né de la prise de conscience du pouvoir mortifère du champ de bataille que provoquèrent les offensives de la fin août 1914. Constatant en effet le peu de discrétion des couleurs françaises, le peintre lorrain Louis Guingot[2] [2] De la génération de Maurice Barrès, Louis... suite créa, dans son atelier de la rue d’Auxonne[3] [3] Entre 1904 et 1905, Guingot fit construire... suite, dans la banlieue de Nancy, « la première veste de camouflage de guerre du monde », cette désignation étant celle utilisée par l’artiste, lorsque Albert Conte[4] [4] Dernier élève de Guingot, Albert Conte fréquenta... suite – son élève – vit la veste camouflée pour la première fois en 1942. Son prototype baptisé « tenue léopard » consistait autant à rendre moins visible les soldats qu’à les protéger sur le front. Le but : sauver des vies. 3 L’inventeur du camouflage de guerre envoya le vêtement aux Services des Armées à Paris qui découpèrent un échantillon de drap camouflé avant de le lui retourner. La veste « léopard » ne fut pas adoptée pour autant car l’armée française créa l’uniforme bleu horizon – mis en service début 1915 – plus discret que les pantalons rouges ; les troupes coloniales, dont celles d’Afrique du Nord, eurent droit à une tenue kaki. Néanmoins, la découverte de Guingot vit une application dans le camouflage de l’artillerie menacée par l’aviation allemande, mais pas des hommes, ce qui suscita à l’époque des polémiques très vives. Les Allemands perçurent d’emblée la dimension essentiellement psychologique du camouflage de guerre comme une arme qui trompe. Ils attachèrent davantage d’importance à la dissimulation des hommes – point faible des Français – et du déplacement des troupes. Ils seront, en réalité, les premiers à revêtir des tenues camouflées en 1918. 4 La veste « léopard » de 1914, très semblable à celle utilisée de nos jours, tient une place à part dans l’uniformologie militaire parce qu’elle est le premier vêtement camouflé de l’histoire militaire et de l’histoire de l’art. Elle est très connue à cause du morceau de tissu découpé sur le devant et remplacé par un carré de toile blanc. Conservée au Musée historique lorrain à Nancy depuis 1981 sous le numéro d’inventaire 81-3-9, elle fut souvent prêtée lors d’expositions sur l’histoire du camouflage militaire et sur la Première Guerre mondiale, notamment celle intitulée Camouflage : l’art de se cacher en 14-18 qui s’était déroulée à l’Historial de la Grande Guerre, à Péronne dans la Somme, du 23 septembre au 14 décembre 1997. Elle fut également visible au Musée de l’Image, à Épinal, lors de l’exposition intitulée Les Vilains. Variations sur les images des contes de Perrault, du 26 juin au 2 janvier 2005. LA TENUE « LÉOPARD » DE 1914 : LE PREMIER PROTOTYPE DE CAMOUFLAGE DE GUERRE 5 Août 1914. À l’heure de la mobilisation générale, l’état-major pensait que la guerre serait courte, faite de mouvements et d’offensives rapides. Le plan XVII, conçu et dirigé par le général Joffre, était simple : reprendre l’Alsace-Lorraine. Dans l’optique d’une guerre brève, rien ne servait de modifier l’uniforme de l’infanterie française en 1914. Celui-ci n’avait guère changé depuis 1870, voire depuis 1829, en ce qui concerne le pantalon garance. Comparé à celui des autres belligérants, il était l’un des plus inadaptés à la guerre moderne : la vareuse bleue (modèle en vigueur en 1914 inchangé de celui de 1877), le pantalon rouge garance – très repérable sur le champ de bataille – et le képi rouge camouflé par un manchon de toile bleue en 1913 (cf. III . 1), constituèrent une cible de choix pour les tireurs allemands déjà en feldgrau. Ces uniformes visibles, aux couleurs de la République française, furent partiellement responsables du nombre élevé des pertes dès les premiers jours, et prouvèrent malheureusement l’inconscience de l’état-major au début de la guerre. 6 Très peu de temps après le début des hostilités, Guingot – alors âgé de 50 ans – imagina que les combattants eux-mêmes pourraient se rendre invisibles aux yeux de l’ennemi en portant une tenue de camouflage de guerre dont les couleurs s’harmoniseraient avec celles de l’environnement. Par souci humanitaire plus que militaire, Guingot demanda à son ami Eugène Corbin (1867-1952), grand mécène des artistes de l’École de Nancy, de lui faire confectionner une veste toute simple, en toile, dans son atelier de couture des Magasins Réunis à Nancy. Il s’agit d’une veste croisée (cf. III . 2), fermée par un double boutonnage de cinq boutons apparemment d’origine ; à noter un bouton fait aujourd’hui défaut sur le pan inférieur droit. Elle a la particularité d’une coupe mixte, chaque rabat ayant son jeu de boutonnières et de boutons. Cette coupe a des similitudes avec la tunique militaire de 1914 : elle est droite, simple, sans plis et fonctionnelle. La veste est munie sur le devant de deux grandes poches rectangulaires latérales plaquées, ainsi que deux poches poitrine plus petites, au revers desquelles se trouvent deux grandes poches intérieures. Le col est légèrement montant. Il s’agit d’un col officier destiné à masquer en partie le cou et les habits du dessous. Il se ferme par trois petites griffes métalliques dont une a été perdue. COMMENT LE CAMOUFLAGE A-T-IL ÉTÉ RÉALISÉ ? 7 La veste fournie, Guingot se proposa de barbouiller la toile brute suivant la techniqueissue de son travail de décorateur ; le barbouillage est une technique de peinture rapide et spontanée où l’on procède par taches éparpillées et par lignes épaisses. Étudiant le mimétisme de son caméléon élevé en liberté dans son atelier et les couleurs à utiliser, l’artiste choisit arbitrairement trois couleurs de base empruntées à la nature et au jardin : 8 —?Un vert pré : c’est la couleur dominante, résultant d’un mélange de plusieurs verts visibles dans la nature et suivant la saison : la couleur de l’herbe, des feuilles des légumes du potager et des arbres. 9 —?Un brun-rouge : il s’agit d’une couleur reprenant celle de la terre locale de Lorraine, une couleur que Louis Guingot voyait quotidiennement dans son jardin et dans les champs environnants. Probablement, il s’est inspiré aussi des mousses de couleur brun-rouge accrochées aux murs de pierre et aux bordures des allées de jardin. 10 —?Un bleu sombre : appelé communément « le bleu Guingot », il s’agit d’un bleu particulier dont seul l’artiste connaissait le secret de fabrication et qu’il utilisait couramment dans ses décors de théâtre, pour souligner partiellement des ombres, des branches, des arbres... 11 Ensuite, il redistribua ces trois couleurs en un désordre étudié pour donner l’illusion qu’il s’agit d’herbes, de sous-bois, d’arbres ou de branchages. Nous pourrions parler d’un « effet impressionniste inversé ». Guingot se référa ici à la technique du pointillisme parfaitement maîtrisée par les impressionnistes : ce procédé pictural, développé par Georges Seurat (1859-1891) à la fin du XIXe siècle, consiste à appliquer la peinture par touches successives, laissant le soin à l’œil de recomposer la forme et les couleurs. 12 Guingot utilisa son invention brevetée, celle du « grand teint », dont il avait tiré avant la guerre, nappes, rideaux, serviettes et tentures peints par ses soins. Il s’agit d’un procédé spécial de peinture des étoffes qui n’attaque pas le tissu et n’est pas détérioré par la lumière ou par l’eau de javel. La peinture à la colle[5] [5] La peinture à la colle est une technique picturale... suite lui servit à appliquer directement sur le tissu des taches vertes et brunes irrégulières sur fond jaunâtre, et cernées de bleu. 13 On ne sait pas exactement comment la veste devait être maintenue pendant le barbouillage. A-t-elle été posée sur un mannequin en bois que de nombreux artistes possédaient dans leur atelier ? C’est fort probable. Mais Guingot, toujours plein d’imagination, a très certainement fabriqué une sorte de grand cintre à l’aide de baguettes en bois, permettant ainsi de suspendre le vêtement par les épaules. 14 Ces deux photographies montrent clairement comment le camouflage de guerre a été construit et comment la peinture a été appliquée à même la toile brute. Guingot a su capter ici, comme si l’on utilisait un appareil photographique, la synthèse des formes et des couleurs pour donner, de loin, l’illusion d’un arbre aux branches largement déployées. L’artiste n’est pas entré dans les détails, l’ampleur du geste intervient aussi pour une grande part : il est large pour étaler la peinture. Dans un premier temps, il dessina rapidement les formes générales d’un tronc d’arbre en étalant de grands aplats de couleur verte dans le dos de la veste (cf. III . 4). Pour cela, il employa un pinceau brosse plat assez large (taille no 20) généreusement imprégné de peinture à la colle ; il est intéressant de remarquer que la colle teintée de vert a diffusé dans la trame du tissu puisqu’on observe des auréoles de colle tout autour des grosses taches. Ce tronc lui a servi de repère pour tracer ensuite des grandes lignes vertes épaisses et parallèles pour suggérer les branches de l’arbre ; ces lignes se poursuivent sur le devant de la veste. Guingot a conçu alors un camouflage zébré ou tigré conforme à un paysage de type européen. Il est fort probable qu’il se soit inspiré de la veste d’Émile Friant (1863-1932) qui « avait créé un camouflage pour la chasse, fait de rayures verticales, spécialisé pour se confondre avec les arbres, et non un effet impressionniste par taches colorées distribuées de façon quelconque et pouvant servir en tout terrain »[6] [6] Albert Conte, Louis Guingot (1864-1948) et les... suite. Dans un deuxième temps, il traça au pinceau des traits rouges et des cernes bleus sombres pour produire tout simplement des effets de volume des masses vertes. Par exemple sur les manches, l’association des trois couleurs crée l’illusion d’une profondeur des sous-bois car notre rétine ne perçoit pas les couleurs indépendamment les unes des autres mais elle les associe. Les touches produisent des effets variés, les lignes brunes concentriques et bleues le long de taches vertes sur la manche droite, suggèrent parfaitement les lichens sur les écorces des arbres ou des pierres. À l’inverse, la disposition des taches vertes sur la manche gauche suggère des mousses poussant en forêt. 15 Pour comprendre l’effet de ce camouflage, il suffit de l’observer les yeux mi-clos jusqu’à ne plus le percevoir avec netteté. Cela permet de ne saisir que de simples masses de couleurs dépourvues de détails superflus. Les couleurs se juxtaposent de telle manière que l’œil les voit s’imbriquer les unes dans les autres. Ainsi les taches rouges et les cernes bleus disparaissent car elles se fondent avec les taches vertes. 16 Une fois sèche, la veste fut placée quelque part dans son jardin et se fondit avec la couleur dominante du lieu. C’est la définition même du camouflage : tout objet camouflé perd son contour et se fond, pour l’observateur, dans le paysage dans lequel il se trouve. Pour la première fois dans le monde et dans l’histoire de l’art, un vêtement camouflé vit le jour (cf. III . 5) : il est lorrain et nancéien. On est en septembre 1914, c’est-à-dire un mois après la déclaration de guerre du 3 août 1914. Fier de sa trouvaille, Guingot aurait voulu l’appeler « caméléon » en hommage à son animal préféré, mais Friant fit remarquer que « caméléon » n’avait pas une connotation militaire. Le terme de « léopard » sonnait mieux car il rappelait le nom d’un animal combatif. « Léopard » sera donc synonyme de camouflage moderne, adopté par toutes les armées du monde, en particulier par l’armée française. 17 Aussitôt, Guingot fit part de son idée géniale à Corbin qui avait assez de relations à Paris pour faire suivre le dossier au ministère de la Guerre. Il déposa son prototype avec une lettre explicative à Nancy à charge pour Corbin de l’envoyer aux Services des Armées à Paris, qui prélevèrent un carré de toile camouflée (15 × 15,5 cm) pour accompagner un dossier administratif destiné aux autorités militaires. Malheureusement, ce carré ne fut jamais retrouvé. On peut penser que la veste devait être boutonnée comme sur l’illustration ci-dessus, ce qui explique le prélèvement du carré de tissu sur le pan droit, coupé à la limite de la poche, et non sur le pan gauche. La veste amputée sur le devant revint quelques semaines plus tard chez son propriétaire, accompagnée d’une lettre polie de l’armée que Guingot, probablement furieux, jeta. On n’a jamais su exactement ce qui était écrit dans cette lettre. Elle disait certainement que l’idée était intéressante, mais sans plus... Ce n’est qu’en été 1944, après le Débarquement en Normandie, que la veste sera rapiécée d’un carré de tissu blanc identique à celui de la veste. Par conséquent, cela signifie que, de 1914 à 1944, la veste était restée dans l’état dans lequel elle avait été rendue par l’armée. 18 La « tenue léopard » qui aurait pu sauver beaucoup de vies humaines, ne fut pas retenue par l’état-major pour quatre raisons. D’évidence, l’idée du camouflage se heurta à son incompatibilité avec la fable représentative du combat, de la victoire, avec l’idée du sacrifice, avec les idéaux de toute une société. L’irruption d’un prototype de camouflage de guerre dans les bureaux de l’état-major apparut comme une révolution psychologique et morale, agissant tant sur la pensée de la guerre que sur le code d’honneur de la société militaire de l’époque. Le camouflage se révéla comme une arme de la ruse et de la dissimulation qui rompait avec le mythe du combattant. En résumé, le camouflage était considéré comme une arme nouvelle, une arme qui trompe. Guingot avait réfléchi en peintre et en humaniste. Il voulut faire adopter l’idée d’un camouflage par la couleur, destiné à rendre moins manifestement visibles sinon invisibles les hommes, et ainsi les confondre avec l’environnement. L’état-major ne pouvait laisser libre cours à des initiatives visant à la conception, et encore moins à la réalisation d’une tenue bariolée de manière fantaisiste par un peintre, pourtant connu, et non par des militaires. Il faudra donc attendre l’imaginaire, avisé et sans a priori, d’un artiste confronté à l’épreuve du feu – un certain Guirand de Scévola –, pour voir l’invention du camouflage resurgir et sa solution adoptée officiellement le 12 février 1915. 19 Cette pensée militaire n’explique pas à elle seule une telle réticence. En effet, l’uniforme de l’armée française revêtait, sous la France de la IIIe République, une symbolique militaire forte : le bleu et le rouge rappelaient aux hommes le caractère sacré des couleurs nationales et républicaines, et entretenaient à la fois le souvenir des plus belles victoires militaires et l’esprit de la Revanche sur l’Allemagne. Fier de son uniforme, le soldat de la Belle Époque le portait avec élégance et respect. De cet état d’esprit, provient l’attachement irraisonné de l’opinion publique française à la tunique bleue et au pantalon rouge. Jean Jaurès lui-même s’était opposé, en juillet 1914, à l’abandon du pantalon garance. Quant à l’armée... Le capitaine Clément Grandcourt déclara en 1914 : « Il faut laisser à l’infanterie sa couleur garance, traditionnelle, et qui ne se révèle au-delà de 800 m que par une sorte de papillonnement fort utile, vu qu’il empêche la confusion très à craindre aux distances actuelles de combat » et le lieutenant Michel affirmait que l’uniforme français était « un costume d’hygiène et non un costume de combat [...]. On ne se figurait guère un soldat vêtu complètement de gris ou de brun de la tête au pied »[7] [7] Louis Delperier, « 1914 : l’Infanterie... suite. Par conséquent, il fallait donner à l’ennemi l’impression que le soldat français n’avait pas peur, qu’il était combatif, respectable et animé de cette « force morale » au combat. 20 Mais, au-delà d’un souci persistant de l’esthétique vestimentaire, l’uniforme officiel correspondait, dans l’optique militaire de l’époque, au vieux principe séculaire du « voir et se faire voir », où la force et la bravoure tiraient leur efficacité psychologique de leur visibilité. Le soldat français ne devait pas être confondu sur le champ de bataille avec une autre armée, en particulier avec l’ennemi. Ainsi, l’obligation de se dissimuler fut très mal prise en compte par l’armée française car, en instaurant le « voir et combattre sans être vu », le camouflage aurait mis fin à ce vieux principe militaire du XIXe siècle. 21 Enfin, les facteurs économiques englobent tout. En 1914, il était impossible, pour des raisons budgétaires, de fabriquer en série la quantité de tissu nécessaire à des millions de tenues, du fait de la complexité des dessins et du nombre de couleurs exigées pour le camouflage ; seul Guingot savait peindre artisanalement cet effet de brouillage. http://www.cairn.info/revue-guerres-mondiales-et-conflits-contemporains-2007-3-page-7.htm Citer 1) Présentation obligatoire : cliquez ici 2) Vu le contexte actuel : attention aux informations livrées sur l'Armée
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