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La France et la Corée du Sud veulent renforcer leur coopération industrielle en matière de défense
Malgré des relations diplomatique établies il y a 140 ans, la coopération militaire entre la France et la République de Corée [ou Corée du Sud] se limite notamment à un dialogue stratégique portant sur les défis qui leur sont communs, comme la cyberdéfense et la sécurité maritime dans la région indopacifique.
Pour autant, explique le Quai d’Orsay, «si la Corée du Sud peut compter sur la participation de la France dans les opérations visant à garantir sa sécurité au sein du Commandement des Nations unies, la France peut également compter sur l’appui de la Corée du Sud dans le bon déroulement de ses exercices de la région», comme l’a confirmé l’édition 2023 de la mission PEGASE [Projection d’un dispositif aérien d’EnverGure en Asie du Sud-Est], menée par l’armée de l’Air & de l’Espace.
S’agissant des équipements militaires, la Corée du Sud a passé pour 1,7 milliard d’euros de commandes auprès de la Base industrielle et technologique de défense [BITD] française au cours de la période 2015-25.
Dans le même temps, Séoul s’attache à promouvoir son industrie de l’armement, en misant sur la recherche et le développement ainsi que sur les synergies des technologies civiles et militaires. Non sans succès car, au cours des dix dernières années, les exportations sud-coréennes d’équipements militaires ont été multipliées par dix, grâce à plusieurs succès obtenus en Europe [Pologne, Roumanie, Norvège, etc.] et au Moyen-Orient [Émirats arabes unis].
En outre, la BITD sud-coréenne ne cesse de monter en gamme dans tous les domaines : le char K2 «Black Panther», l’obusier automoteur K-9 Thunder, le lance-roquettes multiple K239 Chunmoo, le système de défense aérienne Cheongun-II, le sous-marin de type KSS-III ou encore le chasseur-bombardier KF-21 Boramae en témoignent.
Cela étant, la Corée du Sud ne maîtrise pas encore certains savoir-faire particuliers, comme ceux permettant de construire un sous-marin nucléaire d’attaque [SNA]. Dans une note publiée en février, le Dr Cheong Seong-chang, numéro deux de l’institut Sejong, a plaidé pour établir une coopération avec la France dans ce domaine.
«La France place l »autonomie stratégique’ comme pilier de son identité nationale, la distinguant fondamentalement des États-Unis. Elle exploite quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et des sous-marins nucléaires d’attaque de classe Barracuda [classe Suffren], et dispose d’installations d’enrichissement de l’uranium en propre. La classe
Barracuda, qui utilise de l’uranium faiblement enrichi [UFE], présente, d’un point de vue de la non-prolifération nucléaire, des obstacles juridiques comparativement plus faibles pour une coopération technologique avec la Corée du Sud», a-t-il ainsi fait valoir.
Cependant, le gouvernement sud-coréen a préféré sceller un partenariat avec les États-Unis pour se doter d’une telle capacité. Ira-t-il jusqu’au bout ?
Quoi qu’il en soit, à l’occasion d’une visite officielle du président Macron à Séoul, le 2 avril, la France et la Corée du Sud sont convenues de renforcer significativement leur coopération militaire, y compris au niveau industriel.
«Dans le domaine de la sécurité et de la défense, la France et la Corée du Sud sont animées par une volonté commune de contribuer à la stabilité, la sécurité et la prospérité dans leurs régions respectives et au-delà. Elles sont déterminées à approfondir leurs relations dans le domaine de la défense en poursuivant des échanges stratégiques réguliers, en améliorant l’interopérabilité entre leurs forces armées et en renforçant les échanges d’informations», ont affirmé le président Macron et son homologue sud-coréen, Lee Jae Myung, dans une déclaration conjointe.
À cette fin, il est question de «renouveler et d’enrichir les accords structurant» les coopérations déjà établies et de «créer des opportunités d’interactions» entre les forces françaises et sud-coréennes. En clair, il s’agit de planifier davantage d’exercices conjoints.
«L’actualisation de l’Accord relatif à l’échange d’informations classifiées dans le domaine de la défense et la planification d’une escale de la mission aérienne PEGASE à l’automne 2026 illustrent cet effort commun», a souligné la déclaration conjointe.
Enfin, les deux pays «renforceront les coopérations en matière d’industrie de défense qui sont d’intérêt commun, en vue de renforcer leurs bases nationales industrielles et technologiques de défense».
Lors d’une conférence de presse donnée au côté de M. Lee, Emmanuel Macron a défini les enjeux de ce renforcement de la coopération militaire entre la France et la Corée du Sud.
«Avec une plus grande intimité stratégique, avec des exercices conjoints, et avec aussi plus de coopération dans la production et les capacités militaires critiques, nous souhaitons nous doter de part et d’autre d’une plus grande profondeur stratégique en matière de production militaire», a-t-il dit.
Reste à voir comment cela va s’organiser dans les prochains mois. Un domaine de coopération possible serait celui des feux dans la profondeur, avec l’acquisition de lance-roquettes multiples K239 Chunmoo pour remplacer les lance-roquettes unitaires [LRU] de l’armée de Terre d’ici 2027. Acquisition qui a d’ailleurs été récemment recommandée par une étude publiée par l’Institut français des relations internationales [IFRI].
Photo : K239 Chunmoo