L'Artilleur Posté(e) 23 mars 2014 Signaler Posté(e) 23 mars 2014 Bonjour, Sujet : Penser l'organisation de la section d'infanterie. Je reprend ce sujet que j'ai pu lire sur ce lien : L'avis de la communauté d'Aumilitaire.com m'intéresse. Je reprend le premier post de nos voisins Air-défense. Je cite : Pour mettre en place une organisation efficace, il me semble qu'il y a plusieurs points à avoir à l'esprit (Qu'est-ce qu'un fantassin? un binôme? l'impact des véhicules sur l'articulation). Une section pour quoi faire? Très souvent, on parle de structure d'unité, des caractéristiques d'une arme tout en oubliant le "A quoi ça sert?". Et la discussion devient assez vide. On tourne en rond. Une section d'infanterie sert à combattre l'infanterie, à contraindre un agrégat humain dans le champ physique. Si le but premier est autre, alors nous sommes dans une section spécialisée. Ainsi: - quand on veut combattre des formations blindées, on fait usage de section anti-chars. - quand on veut savoir où est l'ennemi, on fait usage de section d'éclairage. Donc, tous les moyens feux et détails d'organisation doivent être tournés vers ce but. Quand l'infanterie fait face à autre chose qu'elle même, alors, elle est renforcée par d'autres moyens. C'est la raison d'être de l'interarme. Quand un section a en dotation un moyen interne pour faire de l'anti-char ou de l'artillerie (mortiers légers), la motivation est celle de l'auto-défense et de la menace ponctuelle. Cela permet juste de gagner du temps avant l'engagement des moyens spécialisés (cavalerie, artillerie...) Le fusilier: Le pion de base De nos jours, avec les progrés faits en armement et en instruction, un fantassin est un homme à pied qui est capable d'appliquer des feux de 0 à 600m avec un fusil d'assaut couplé à un optique simple (je ne parle pas de FELIN et autres Landwarrior mais d'un simple fantassin bien formé). Tous les autres armement que l'on peut rajouter sont des moyens complémentaire. Un mitrailleur minimi a donc d'abord en dotation un fusil tout comme les TP.... Si ce n'est pas réalisé, c'est juste pour des raisons de coût (Il est difficile de justifier à Bercy la détention d'un fusil pour un tireur minimi.). Les seuls dans une section qui ne répondent pas à cette définition sont les chefs de section, de groupe, le radio, le sous-officier adjoint et l'auxiliaire sanitaire. La similitude impérieuse de leur équipement/armement s'explique par un besoin de mimétisme pour ne pas être décelé par les ennemis. Une exception: Celui qui est autant "chef" que "combattant" est le chef de groupe. Celui-ci ne peut en effet jamais être à distance de la menace. D'où l'extrême difficulté à tenir ce poste. Le binôme: un effet d'arme 1) La première justification du binôme est psychologique: au combat, un homme ne peut vivre isolé. Pour tenir, il doit être placé avec un autre homme. Ainsi, le plus petit échelon est le binôme non le combattant. Isolé, il est capable de surveiller à 360° pour se prémunir d'une menace. Un fantassin seul ne le peut pas. 2) La seconde tient au service de l'arme. Pour un fusil simple, tout est réalisé par un seul homme (transport, disposition de combat et tir; voir l'entretien). Pour les autres armes, c'est impossible. Ainsi, un lance-roquettes a-t-il besoin d'un tireur et d'un pourvoyeur (Il en va de même pour un grenadier en 40mm ou un mitrailleur, même en 5,56mm). Ils ont besoin d'une aide pour porter les munitions. Cette aide intervient lors du tir: celui qui ne tire pas observe et corrige le tir par des corrections. Faire tirer seul une minimi, un TP, c'est en réduire l'efficacité. Pour ces raisons, le binôme doit être compris comme un effet d'arme (un binôme=une arme spéciale). L'équipe: premier échelon tactiquement efficace L'équipe, quand elle est composée de binômes, peut alors se couper deux: un élément feu, un élément qui se déplace. C'est la base de toute manoeuvre. Le binôme seul ne le pouvait pas. Quand on a deux binômes (deux effets d'arme), on peut choisir au besoin celui qui fait feu et celui qui se déplace selon la situation. A ce moment, émerge l'idée qu'une partie de la section va se spécialiser dans les feux (l'appui) et l'autre dans le mouvement. Il est donc facile de se dire: les lances roquettes seront dans un groupe unique, ce sera un groupe appui/antichar. Le groupe: premier échelon qui travaille dans la durée L'équipe était encore petite. Donc, l'organisation du repos en autonomie est difficile et épuisante. Deux équipes regroupées peuvent tenir plus longtemps car les phases de repos par binôme sont plus longues. Comme il est au moins binaire, le groupe peut faire de la petite manoeuvre. Il a au moins 4 binômes donc il a 4 effets d'arme. Cherchons en 4: - 1 lance-roquettes, - 1 mitrailleuse en 7,62, - 1 grenadier de 40mm, - 1 tireur de précision semi-auto. On commence à avoir quelque chose d'assez complet. Cas concret: la réarticulation Maintenant, prenons deux groupes identiques qui doivent prendre une maison dans les bois. Le tout sous les ordres du CDS. Le groupe assaut doit être allégé et le tir aux lance-roquettes peut détruire la maison (pas le but, le but c'est juste l'infanterie ennemie)donc l'effet d'arme lance-roquette est-il utile? Non. Ainsi, le CDS va poser les lance-roquettes et former deux binômes de fusiliers (la base). De même; il regroupe les deux mitrailleuses (pour isoler la maison) et les deux TP (détruire les défenses). Son groupe d'assaut sera donc un ensemble à 2 effets grenadiers et 2 effets fusiliers. Cet exemple montre que si une organisation existe, il ne faut jamais hésiter à la changer au cour du combat. Si on ne le fait (par fénéantise intellectuelle), on aura toujours des problèmes. Actuellement, ce genre de réarticulation est peu observée. Cela vient d'une notion d'appartenance des hommes au chef de groupe (ce sont mes hommes, je ne les donne pas) alors que les hommes appartiennent à la section. Le troisième élément Le premier exemple a montré qu'il faut au minimum deux groupes pour aller détruire un ennemi: un élément assaut et un élément feu ("choc et feu" en français) sauf que, à la guerre, rien ne se passe comme prévu. Même quand on attaque, on peut être attaqué soit-même depuis une direction inattendu. On dit qu'il y a un besoin de "couverture". On place donc un troisième groupe qui va protéger le dos des deux autres. Voila pourquoi toutes les sections au monde sont au-moins ternaires (trois groupes). Doit-on spécialiser chaque groupe? Une idée hémèrgeant de cet exemple pourrait conduire à faire un groupe assaut, un groupe appui et un groupe couverture. Sur le papier, c'est beau sauf que: - quand on est surpris, ce n'est jamais le bon groupe qui est pris sous le feu. C'est celui qui n'a pas de lance roquette qui tombe le premier sur les blindés ennemis. - Une telle organisation ferait reposer la pression psychologique toujours sur les même hommes: intenable. Il faut donc répartir les moyens pour faire changer les hommes de mission. - la charge étant portée par le soldat, certains groupes auraient à souffrir d'un effort intolérable. L'effort physique doit donc être réparti. Pour toutes ces raisons je ne suis pas un inconditionnel de la mise en place d'un groupe anti-chars dans la section. Je préfère répartir mes deux effets lance-roquettes dans deux groupes séparés et les regrouper dans les phases spécifiques. Et les blindés dans tout ça? Quand une section est blindée, il y a un impact majeur sur son organisation: 1) Quand un groupe motorise, il prend uniquement son blindé (qui n'est pas forcément le plus proche). C'est une contrainte dans la manoeuvre du CDS. 2) Quand on achète des blindés, on dit :"un groupe=un blindé". Sauf que l'on oublie souvent le CDS et son radio. Un CDS a besoin d'être toujours sur le meilleur point pour commander (voir le combat et communiquer avec ses chefs de groupe). Le CDG (chef de groupe) lui a besoin d'être sur le point le plus favorable pour débarquer. Ca n'est pas toujours le même. Ainsi, pour trois groupes, il n'est pas ridicule d'avoir un quatrième blindé pour porter le CDS et son radio. De la sorte, le CDS: - pourrait être toujours en position optimale, - ne prendrait plus de place dans le blindé d'un groupe. - a un véhicule en spare. Enfin, quelle est la taille d'un blindé avec l'équipage, un groupe et le binôme CDS/radio? Voyons la taille des blindés médians. Ce sont des aimants à obus. Pensons au cas des VBCI qui ont pour mission de combattre dans les environnements les plus dangereux. Impossible de rater une telle cible tellement il est haut. Comme c'est le cas depuis longtemps chez les allemands, il faut probablement une organisation spécifique pour l'infanterie lourde. Le SPz-Puma fait 43t pour porter 6 hommes. Quel serait son poids pour 9 hommes? L'arrivée des blindés dans l'infanterie va donc être le facteur clef dans la structure du groupe de combat: - si le groupe est gros (donc particulièrement efficace à pied), son blindé porteur est volumineux, - si le groupe est petit (donc limité en puissance de feux, effet de choc et sensible aux blessés), son blindé porteur est compact donc adapté au combat. A vous cher(e)s membres. Cordialement Citer "Savoir pour prévoir afin de pouvoir" (Auguste Comte). - Civil
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