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Mené par la France, l’Allemagne et l’Espagne, le projet de Système de combat aérien du futur est souvent réduit, dans les commentaires publics, au seul avion de combat de nouvelle génération [NGF – New Generation Fighter] et, partant, au différend entre Dassault Aviation, le maître d’œuvre, et Airbus sur la meilleure façon de développer cet appareil.

Or, le SCAF est un projet bien plus complexe puisqu’il s’agit de mettre au point un « système de système » dont le NGF n’est qu’un élément. Comme le martèle le général Jérôme Bellanger, le chef d’état-major de l’armée de l’Air & de l’Espace [CEMAAE], la pièce centrale est le « cloud de combat », c’est-à-dire la « bulle de connectivité » censée garantir l’interopérabilité entre les forces aériennes françaises, allemandes et espagnoles. 

« On doit absolument développer ce cloud de combat ensemble mais aussi avec ce que font les Britanniques, les Italiens et les Japonais » [avec le Global Combat Air Programme, concurrent du SCAF, ndlr] » car « il s’agit d’avoir des architectures qui soient à peu près similaires pour que, demain, on puisse faire ensemble des opérations et non pas les uns à côté des autres, comme on le fait malheureusement actuellement avec le F-35 », a en effet expliqué le général Bellanger aux députés, en octobre dernier. Ses homologues allemand et espagnol ne disent pas autre chose.

Aussi, pour pouvoir passer à la prochaine étape et surmonter les disputes entre Dassault Aviation et Airbus, l’Allemagne – ou, du moins, l’industrie aérospatiale allemande – défend l’idée d’un SCAF à deux NGF différents, ce qui aurait le mérite de préserver le cœur du projet, c’est-à-dire le « cloud de combat ».

Seulement, ces derniers jours, le président Macron a catégoriquement rejeté cette option. « Pour ma part, je considère que les choses doivent avancer. Et de la même manière sur le char de combat, d’ailleurs. Parce que vous imaginez, si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun », a-t-il ainsi déclaré, lors d’un entretien accordé à pluseurs journaux européens, au début de ce mois.

La semaine dernière, malgré la signature d’une fiche d’expression commune des besoins [HLCORD] en avril 2018, le chancelier allemand, Friedrich Merz, a laissé entendre que Berlin pourrait se retirer du projet, en expliquant que l’avion de combat de nouvelle génération tel qu’il se profile ne correspond pas aux besoins de la Bundeswehr.

« Les Français auront besoin, dans la prochaine génération, d’un avion capable d’emporter des armes nucléaires et d’opérer depuis un porte-avions. La Bundeswehr n’en a pas besoin pour le moment », a affirmé M. Merz. « Il ne s’agit pas d’une querelle politique. Nous avons un réel problème au niveau du cahier des charges. Et si nous ne parvenons pas à le résoudre, nous ne pourrons pas poursuivre le projet », a-t-il ajouté.

Clairement, le chef du gouvernement allemand met en avant le besoin militaire avant toute considération politique.

Pour autant, publié en 2020, un rapport du Sénat avait souligné que le SCAF avait aussi un objectif politique, à savoir « l’approfondissement de la coopération franco-allemande ». Objectif alors partagé aussi bien par Paris que par Berlin. Depuis, le paradigme a évolué, l’Allemagne ayant d’autres ambitions qu’elle peut désormais financer avec la hausse significative de ses dépenses militaires [108 milliards d’euros en 2026, dont 25 % financés par le Fonds spécial de la Bundeswehr, ndlr].

Si le chancelier Merz a fait comprendre que le SCAF devait d’abord satisfaire des besoins militaires, le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot a fait valoir qu’il s’agissait aussi [et surtout ?] d’un « projet politique ».

Le SCAF est un « projet essentiel pour la sécurité de la France, la sécurité de l’Allemagne et la securité de l’Europe. Cela fait huit ans qu’on y travaille et on se battra jusqu’au bout pour qu’il aboutisse, jusqu’à la dernière seconde », a d’abord dit M. Barrot, le 22 février, lors de l’émission « Questions politiques » de France Inter.

 

« Quand mon lointain prédécesseur, Robert Schuman, était le seul à nager à contre-courant en 1950 […] en faisant aboutir un projet de coopération qui a apporté huit décennies de paix et de prospérité à l’Europe. […] Mais si la France aujourd’hui renonce à créer avec l’Allemagne des projets de coopération qui nous engagent pour des décennies, eh bien alors nous trahissons l’héritage des pères de fondateurs », a enchaîné le ministre des Affaires étrangères.

Pour « sauver le SCAF », M. Barrot a estimé que les industriels devraient « faire un pas chacun dans la direction de l’un de l’autre ». Ce qui paraît compliqué, tant leurs positions sont inconciliables…

« Je crois que les responsables politiques, comme le président de la République mais ce doit être le cas en France et en Allemagne, voient qu’il ne s’agit pas là simplement d’un projet d’équipement militaire mais qu’il s’agit d’un projet politique, comme la Communauté du charbon et de l’acier ». Ce parallèle est-il judicieux ? En tout cas, le chef du Quai d’Orsay s’est gardé d’évoquer le projet, également politique, de Communauté européenne de défense [CED]. Projet qui se solda par un échec, Pierre Mendès-France, alors président du Conseil en août 1954, s’y étant opposé.

Photo : Par Rama, CC BY-SA 3.0 fr

Ya Rab Yeshua.

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