Si l’on se fie aux manuels tactiques russes et ukrainiens les plus récents (édition 2025), les conclusions sur les prétendus « succès des motos sur le champ de bataille » relèvent largement du biais du survivant.
Les deux camps y décrivent une vulnérabilité catastrophique des motocyclistes face aux drones FPV, aux mines antipersonnel et antivéhicules, ainsi qu’aux drones capables de larguer des grenades.
Dans la pratique, le problème est simple. Les motos circulent presque toujours sur des routes fortement minées, parfois avec des mines équipées de capteurs magnétiques capables de neutraliser un véhicule — donc aussi une moto — à plusieurs mètres de distance. Sur une route, un motocycliste constitue en outre une cible très visible pour un drone FPV.
Le bruit du moteur complique encore la situation : il empêche souvent d’entendre l’approche d’un drone et donc de réagir à temps. De plus, une moto lancée à vitesse suit généralement une trajectoire très prévisible — la route — ce qui facilite considérablement le travail du pilote de FPV pour ajuster son attaque.
Autre facteur critique : le carburant. Si le réservoir est perforé par un éclat ou endommagé par une explosion, l’essence peut s’enflammer et le motocycliste risque tout simplement de brûler vif.
À ma connaissance, selon plusieurs retours d’expérience provenant d’unités d’assaut de l’infanterie de marine russe, lors d’une attaque 2 à 3 motocyclistes sur 10 atteignent l’objectif, alors que 7 à 8 fantassins sur 10 peuvent y parvenir à pied — notamment parce qu’ils peuvent se dissimuler dans la végétation ou dans des tranchées, là où une moto ne passe pas.
Le 425e régiment d’assaut ukrainien, après avoir testé une « compagnie d’assaut à moto », serait arrivé à des conclusions similaires : la moto peut éventuellement avoir une utilité sur des axes logistiques de rocade, à distance des zones saturées de drones FPV et de champs de mines.
Du côté ukrainien, l’idée d’utiliser des motos pour l’assaut a été abandonnée presque immédiatement. Les forces russes continuent cependant à y recourir, essentiellement faute d’alternative et par manque de véhicules blindés dans leurs unités.
Remarque personnelle : lorsque je vois certaines tentatives françaises de « tirer les leçons de l’expérience du front », cela ne m’inquiète pas seulement — cela m’inspire franchement de l’horreur. Une horreur presque instinctive.
Par exemple :
https://www.opex360.com/2024/10/12/innovation-de-defense-une-cape-dinvisibilite-a-recu-le-prix-de-laudace/
À mon sens, il y a là une très mauvaise leçon à tirer.
P.S.
Ce dont nous avons vitalement besoin, ce sont des véhicules de combat d’infanterie lourds, du type M2 Bradley ou Marder/CV90, capables de protéger l’infanterie face aux éclats, aux mines et aux drones.
Et pourtant, au lieu de cela, on voit parfois surgir des idées qui ressemblent davantage à des assauts en trottinettes électriques qu’à une réponse sérieuse aux réalités du champ de bataille moderne.
Pauvre France… Par moments, on a l’impression que certaines illusions n’ont guère changé depuis l’époque du célèbre pantalon rouge garance au début de Grande Guerre.
Mais bon — sans doute suis-je trop pessimiste.