BTX Posté(e) il y a 1 heure Signaler Posté(e) il y a 1 heure https://ainsi-va-le-monde.blogspot.com/2026/03/fabrice-clee-le-temoin-engage.html Le colonel Clée (er) appelé du contingent en 1988 dans l’armée de Terre, a servi dans les troupes aéroportées et la cavalerie légère blindée, puis dans la composante du génie combat au sein de la Légion étrangère. Précisons qu’il s’agit de Fabrice et non Jérôme son frère, ancien chef de corps du 1er RE. Aujourd’hui cadre dirigeant au sein d’un grand groupe de transport, Fabrice Clée vient d’écrire un très intéressant essai dans lequel il s’adresse, un an avant la présidentielle, aux futurs candidats. Plus généralement, il interpelle « ceux qui sollicitent nos voix ». Face aux menaces, à la proximité de la guerre, il résume dans Candidats engagez-vous (Editions Le lys bleu) les questions « que chaque Français est en droit de poser à ses futurs élus sur les enjeux de la défense ». Entretien. A l'instar du général Mandon au congrès des maires de France en novembre dernier et face au maelstrom international, faut-il envisager dans un avenir proche un « risque de perdre ses enfants, de souffrir économiquement » ? Le général Mandon n’a fait que rappeler, quasiment mot pour mot les propos de M. Lecornu, alors ministre de la Défense, dans son ouvrage « Vers la guerre », paru un an auparavant. Ce discours, mal compris, relayé de manière tronquée et en dehors de son contexte, relève pourtant du simple devoir de lucidité face au retour du tragique de l’Histoire. Au travers de son intervention, le CEMA, soulignait en creux le déni d’une société qui a oublié que la liberté a un coût financier et potentiellement humain. Si notre pays refuse d'envisager des sacrifices au nom de son confort immédiat, il se condamne à la soumission face à des puissances désinhibées pour lesquelles le recours à la force n’est pas un problème. Dire la vérité aux Français sur le prix de leur sécurité est un acte fondateur du consentement démocratique à la défense. Vous considérez-vous comme un lanceur d'alerte ? Je me définis avant tout comme un témoin engagé dont la parole s’ancre dans l’expérience du terrain. J’ai eu l’honneur de servir au sein de l’institution militaire durant plus d’une trentaine d’année et de vivre de l’intérieur son évolution. Aujourd’hui cadre dirigeant dans le privé et père de quatre enfants, je m’interroge sur la capacité de notre société à accepter de payer le prix de notre sécurité, de notre souveraineté et de la défense de notre mode de vie. Depuis quelques années, d’autres que moi se sont posés en lanceurs d’alerte pour signaler la fragilité capacitaire de notre modèle d’armée actuel. Ma démarche est celle d’un témoin qui veut donner des clés de compréhension des enjeux de défense à ses concitoyens et contribuer à dissiper l’aveuglement collectif. Ce livre est avant tout un plaidoyer pour un sursaut civique afin de prévenir une nouvelle Etrange défaite*. Cette situation internationale actuelle ne valide-t-elle pas les théories développées par Samuel Huntington, notamment dans « Le choc des civilisations » ? L’illusion de la fin de l’Histoire, d'une paix perpétuelle et d'une convergence vers la démocratie libérale, prophétisée par Francis Fukuyama au début des années 1990 s’est effectivement fracassée sur le mur de la réalité stratégique. De nombreux États, notamment au sein du « Sud Global », perçoivent le droit international et les droits de l'homme comme des instruments de domination occidentale. Ces Etats rejettent radicalement les valeurs libérales pour leur substituer un modèle fondé sur la souveraineté absolue et le respect des particularismes culturels. Les États-Unis, la Russie et la Chine semblent s'être partagé le monde par l'usage de la puissance militaire et économique, tandis que d'autres puissances régionales comme l'Iran, l'Arabie Saoudite ou la Turquie s'efforcent d'imposer leur influence dans leurs zones d'intérêts respectives. Je décris dans cet ouvrage un basculement d'un monde régi par des règles universelles vers un système fondé sur les rapports de force et l'affirmation d'identités civilisationnelles antagonistes. Vous considérez l'attaque sans fin de la Russie contre l'Ukraine comme de « l'aventurisme désespéré » ... L’agression russe est conforme à des décisions prises par des systèmes totalitaires russes (de Catherine II à Poutine) où l’urgence politique a toujours primé sur la faisabilité militaire. Moscou s’est embourbé dans un acte désespéré en Ukraine dès 2014. Je souligne dans mon ouvrage une stratégie de « fuite en avant » où le Kremlin, depuis l’époque des tsars, conscient de sa fragilité intrinsèque, a souvent misé sur des coups de force militaires pour compenser ses défaillances économiques et institutionnelles. Cet aventurisme historique se définit par la primauté systématique d'objectifs politiques impériaux sur les réalités logistiques et stratégiques, conduisant à des opérations à haut risque souvent déconnectées du terrain. Ce comportement procède aujourd’hui en Ukraine d'un « biais d'escalade de l'engagement ». Poutine s'enferme dans un conflit sans issue pour assurer la survie de son système mafieux et rentier, quitte à tester les limites de l'irrationnel. Ce désespoir stratégique constitue paradoxalement le danger majeur pour l'Europe, car il pourrait pousser Moscou à s'engager dans une opération désastreuse contre un pays de l'Alliance atlantique, dont l'aboutissement dramatique serait un recours ultime et imprévisible au nucléaire. En 1939, les Soviétiques ont attaqué la Finlande et comptent alors remporter la « guerre d'hiver » en quelques jours. Ce qui ne sera pas le cas. Un parallèle grinçant pour Moscou ? L’agression soviétique contre la Finlande en 1939 constitue un précédent historique majeur illustrant les limites de l’aventurisme militaire de Moscou. Persuadé d’une victoire éclair en deux semaines, Staline avait alors gravement sous-estimé la résilience finlandaise et les contraintes logistiques. Ce schéma récurrent de la primauté du politique sur la réalité stratégique trouve un écho frappant dans l’invasion de l’Ukraine en 2022. Le Kremlin y a reproduit la même erreur initiale en misant sur une absence de résistance de la population. Ce parallèle souligne une constante de la culture militaire russe : la tendance à transformer des opérations de « police » (Afghanistan, Tchétchénie) en bourbiers sanglants. Cette cécité idéologique consiste à nier la volonté propre de ses voisins pour n’y voir que des pions manipulés. L’histoire russe est une répétition de ce cycle d’aventurisme où des ambitions stratégiques déconnectées de la réalité du terrain se brisent systématiquement sur l’attrition et conduisent à l’escalade militaire. Aujourd’hui comme hier, l’hubris impériale se heurte à la réalité d’un conflit d’usure imprévu. Jusqu’où ira Poutine pour se sortir du bourbier ukrainien ? Le Donbass, ce sont les Sudètes de 1938 ? L'analogie entre le Donbass actuel et les Sudètes de 1938 repose sur une mécanique de révisionnisme territorial identique où la protection de minorités linguistiques ou ethniques sert de prétexte à l'agression. Tout comme Hitler justifiait l'annexion des territoires tchécoslovaques par la prétendue oppression des populations allemandes, Vladimir Poutine instrumentalise le sort des russophones pour contester les frontières internationales. Cette rhétorique du fait accompli permet de tester la détermination des démocraties tout en canalisant un ressentiment nationaliste né de la chute de l'URSS, perçue comme une blessure narcissique comparable au traité de Versailles. Dans les deux cas, le droit international est réduit à un simple « chiffon de papier » face à une puissance considérant la force comme l'unique légitimité. Ce parallèle souligne une volonté méthodique de démanteler l'architecture de sécurité européenne par une agressivité systémique qui ne souffre plus l'ambiguïté. Toutefois, une nuance sépare ces deux époques : là où le nazisme portait un projet de civilisation alternatif et industriellement dynamique, la Russie agit comme une puissance revancharde fondée sur une économie de rente sans modèle attractif. Cette vulnérabilité structurelle suggère que si les méthodes rappellent les totalitarismes passés, les fondations de cette ambition impériale sont aujourd'hui bien plus fragiles. Quel rôle pour l'armée dans le "réarmement moral de la France" qui est au cœur de votre livre ? Le réarmement moral est selon moi un projet de résilience collective qui exige de chaque citoyen de comprendre que la défense de son mode de vie est aussi son affaire. Le rôle de nos armées consiste à défendre notre pays et non à être le cache-misère de nos renoncements éducatifs ou une solution d'orthopédie sociale illusoire. Je ne plaide pas pour une militarisation de notre société dans mon ouvrage. L’armée peut jouer un rôle de catalyseur et de modèle pour le réarmement moral de la France en incarnant des valeurs de cohésion, d’effort, de mérite, de civisme et de service qui font parfois défaut au reste de la société. Elle peut agir comme un sanctuaire de forces morales et de rayonnement pour redonner du sens à la citoyenneté. Son rôle est de diffuser un esprit de défense fondé sur la volonté collective de résistance et l'acceptation lucide des réalités tragiques du monde. En renforçant le lien Armée-Nation, notamment via le nouveau service militaire volontaire et les réserves, elle transforme le citoyen de simple consommateur de sécurité en coproducteur de souveraineté. Ce sursaut moral me semble être l'ultime rempart, rendant les moyens technologiques réellement efficaces face aux menaces hybrides et interétatiques. L’armée peut ainsi servir de boussole éthique pour un projet de société global visant à redonner du sens à l'engagement civique et à ce que l’on désigne comme notre communauté de destin. *L'Etrange défaite, livre de Marc Bloch qui analyse la défaite militaire de 1940. Citer Ya Rab Yeshua.
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