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Le 12 octobre 1915, au poste de Sidi Lamine, face au pays zaïan, le général Lyautey, résident général de France au Maroc, se fait remettre la médaille militaire par un sous-officier, l’adjudant Caviglioli. Il entend ainsi honorer le corps des sous-officiers et reconnaître leur part dans l’œuvre accomplie au Maroc.

Créée en 1852 pour récompenser les sous-officiers et les hommes de troupe, la médaille militaire n’est jamais donnée aux officiers. Une seule exception existe : elle peut être conférée, comme distinction suprême, aux généraux ayant commandé en chef devant l’ennemi. Joffre l’avait reçue à l’automne 1914. Elle est attribuée à Lyautey par décret du 15 septembre 1915.

Le geste de Sidi Lamine renverse l’ordre habituel des prises d’armes, où le supérieur décore le subordonné. Il est conforme à ce que Lyautey professait depuis son article de 1891 sur le rôle social de l’officier, et il s’adresse à une armée du Maroc qui vit depuis un an sur ses cadres subalternes.

À la déclaration de guerre, le protectorat n’a que deux ans. Le gouvernement prescrit à Lyautey de renvoyer en France le plus grand nombre possible de ses troupes et de se replier, s’il le faut, sur les ports. Il envoie plus qu’on ne lui demande, une quarantaine de bataillons et l’essentiel de son artillerie et de sa cavalerie, mais refuse d’évacuer l’intérieur. Abandonner les postes, explique-t-il, serait donner le signal du soulèvement général. Il résume sa méthode d’une image : il a vidé la langouste et gardé la carapace.

La carapace est faite de territoriaux venus du Midi, de réservistes, de bataillons sénégalais, de goums et de tabors levés sur place. Lyautey multiplie en même temps les signes de confiance : chantiers, routes, et en septembre 1915 une exposition franco-marocaine à Casablanca, en pleine guerre.

Le point faible est le Moyen Atlas, où la confédération zaïan de Moha ou Hammou n’est pas soumise. Khénifra, sa capitale, avait été occupée en juin 1914. Le 13 novembre, contre les ordres, le lieutenant-colonel Laverdure en sort pour surprendre le campement du chef à El Herri. La colonne est anéantie au retour : 33 officiers et près de 600 hommes sont tués, les canons perdus. C’est le plus grave revers français au Maroc avant la guerre du Rif. Le général Henrys rétablit la situation en quelques jours et la ligne des postes, dont Sidi Lamine, tient jusqu’à l’armistice, malgré l’argent et les armes que les agents allemands font passer par la zone espagnole.

Lyautey sera ministre de la Guerre de décembre 1916 à mars 1917, puis reviendra à Rabat. Il recevra le bâton de maréchal en 1921.

La biographie d’André Maurois, Lyautey, a été rééditée chez Lavauzelle dans la collection « La pensée préservée ». Celle d’Arnaud Teyssier, Lyautey. Le ciel et les sables sont grands, fait aujourd’hui référence.

Lyautey.jpg

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Ya Rab Yeshua.

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