https://www.opex360.com/2026/02/11/la-norvege-nexclut-pas-une-annexion-partielle-de-son-territoire-par-la-russie/
Diffusée à partir de 2015, la série télévisée « Occupied » évoquait la mainmise de la Russie sur la production norvégienne d’hydrocarbures, sur fond de tensions avec l’Union européenne [UE] et les États-Unis. Si la fiction rejoint parfois la réalité, ce scénario est-il crédible ?
Certes, depuis l’invasion de l’Ukraine, la Norvège est devenue le principal fournisseur de l’UE en hydrocarbures, avec une production estimée à 4,1 millions de barils équivalent pétrole par jour. Évidemment, le risque d’actes de sabotage contre les infrastructures énergétiques du pays n’est pas à écarter. D’ailleurs, il est pris en compte par Oslo.
Cela étant, si la Norvége redoute une invasion russe, ce n’est pas à cause de sa production d’hydrocarbures. En tout cas, le chef d’état-major de ses forces armées, le général Eirik Kristoffersen, n’a pas évoqué un tel scénario dans l’entretien qu’il vient d’accorder au journal britannique The Guardian. En revanche, a-t-il dit, Oslo « n’exclut pas qu’une annexion territoriale par la Russie fasse partie d’un plan pour protéger son propre arsenal nucléaire, ce qui est la seule chose qu’elle possède encore et qui menace réellement les États-Unis ».
Pour autant, le général Kristoffersen a admis que la Russie n’avait pas les mêmes objectifs de conquête en Norvège qu’en Ukraine ou dans les pays ayant appartenu naguère à la zone d’influence soviétique. Seulement, comme l’arsenal nucléaire russe est en grande partie situé dans la péninsule de Kola et qu’il pourrait être déterminant en cas de confrontation avec l’Otan, Moscou pourrait avoir la tentation de mener une action militaire sur le territoire norvégien pour le préserver.
« Nous n’écartons pas cette possibilité, car la Russie peut toujours recourir à cette stratégie pour protéger ses capacités nucléaires et sa capacité de seconde frappe. C’est le scénario que nous envisageons pour le Grand Nord et pour lequel nous nous préparons », a en effet estimé le général Kristoffersen.
Par ailleurs, il a également souligné la nécessité de préparer les forces norvégiennes à un « large éventail de menaces », en particulier hybrides.
« Si vous vous préparez au pire, rien n’empêche également de pouvoir contrer le sabotage et d’autres menaces hybrides », a estimé le chef d’état-major des forces norvégiennes. À ce propos, la ville de Kirkenes, située dans le Finmark, dans le nord du pays, a récemment été décrite par l’hebdomadaire L’Express comme étant une « plaque tournante d’activités suspectes après l’invasion de l’Ukraine ».
Et pour cause : cette localité se trouve à quelques dizaines de kilomètres de la péninsule de Kola, qui incarne la « sécurité stratégique » de la Russie face à l’occident, a souligné Johan Roaldsnes, chef régional du contre-espionnage norvégien [Politiets Sikkerhetstjeneste [PST], dans les pages du New Yorker.
« Le plan russe est le suivant : si les tensions avec l’Otan s’enveniment, ils doivent créer une zone tampon afin de préserver leur capacité à mener des frappes nucléaires. Cela implique la capacité de contrôler leur territoire voisin le plus proche et de contrôler l’accès aux eaux, afin d’empêcher quiconque de s’approcher, avec l’objectif d’interdire l’accès à la mer de Barents pour protéger la flotte du Nord », a-t-il expliqué.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’île de Vardø, où sont notamment implantés les radars Globus II et Globus III, financés par les États-Unis, a fait l’objet, à au moins deux reprises [en 2017 et en 2018], de simulations de frappes russes, selon le renseignement militaire norvégien.
Mais c’est l’archipel du Svalbard qui est sans doute le plus exposé à une possible action militaire russe. Placé sous la souveraineté de la Norvège en 2010, en échange de sa démilitarisation et de la possibilité donnée aux quarante pays signataires du « Traité concernant le Spitzberg » d’exploiter ses ressources naturelles et d’y mener des recherches scientifiques, ce territoire est régulièrement l’objet de tensions entre Oslo et Moscou, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine.
Or, le Svalbard peut servir de point de contrôle en mer de Barents, où se déploient les sous-marins nucléaires russes basés dans la péninsule de Kola. Durant la Guerre froide, même s’il était censé être démilitarisé, l’archipel servit de base à l’opération « Sunshine », menée par les services de renseignements norvégiens et américains pour intercepter les émissions radios soviétiques en mer de Barents. Mais pas seulement puisque les Soviétiques avaient installé des moyens pour écouter les communications de l’Otan et surveiller les mouvements des sous-marins à Barentsbourg.