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Retex: la guerre en Ukraine fait la démonstration de notre manque de "masse"
La guerre en Ukraine constitue une, très attendue, source d’informations sur l’armée russe ; elle offre de quoi ravir tous les spécialistes occidentaux du renseignement sur les capacités avérées des forces colossales héritières de l’Armée rouge.
Mais ce conflit interétatique conventionnel s’avère être aussi un bon moyen de confirmer les hypothèses récentes sur le combat dit de haute intensité. L’enjeu pour l’armée française, comme le martèle le chef d’état-major des armées, le général Burkhard, est d’être « prêt à aller à l’affrontement si nécessaire » et d’accepter des engagements majeurs face à des adversaires d’un calibre égal, voire supérieur, au nôtre.
D’où l’observation attentive du déroulement des opérations en Ukraine et, par exemple, du recours intense aux drones et aux moyens cyber. D’où une réflexion sur la vulnérabilité des postes de commandement au ciblage électromagnétique et sur la problématique de la logistique du fait des engagements humains et matériels massifs puisqu’en Ukraine, « on a affaire à des volumes exceptionnels à commander et à soutenir », explique un officier français du Centre de doctrine et d'enseignement du commandement (CDEC).
Le CDEC, créé en 2016 et chargé des études prospectives, a mis en place un observatoire sur la guerre en Ukraine. Dans ce cadre, il travaille avec le Centre Interarmées de Concepts, Doctrines et Expérimentations (CICDE) qui réalise aussi des travaux de prospective opérationnelle et produit du retour d’expériences opérationnel interarmées. Ces deux structures collaborent avec le centre du renseignement Terre (CRT) qui collationne et exploite les renseignements obtenus de sources ouvertes ou de sources classifiées.
L’état-major des Armées n’est pas en reste avec « plusieurs cellules » dont l’une qui associe la Direction du renseignement militaire et le Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO).
Tout ce petit monde du renseignement cherche à confirmer les hypothèses françaises sur la conduite des engagements majeurs qu’anticipent les armées, en ayant déjà intégré l’impact du cyber et de la guerre électronique, le rôle des drones, la problématique de la logistique et l’ampleur des pertes tant humaines que matérielles.
Ces hypothèses et nos réponses doivent être testées en 2023 lors de l’exercice divisionnaire Orion (Orion pour "Opération d’envergure pour des armées résilientes, interopérables, orientées vers la haute intensité, et novatrices").
L’observatoire du CDEC a déjà identifié « une trentaine d’enseignements majeurs » démontrant, entre autres, que « la décision finale reste au sol », (quelle que soit l’importance de la 3e dimension et de la supériorité aérienne).
Les militaires français restent, somme toute, assez discrets sur les enseignements déjà tirés de ce conflit car ils pourraient bien mettre en exergue nos propres faiblesses et nos sous-capacités.
Ce n’est pourtant pas un secret que les forces françaises auraient du mal à tenir un choc conventionnel majeur d’une intensité comparable à celle d’Ukraine, avec une attrition effrénée en hommes et en matériel.
Si l’on en croit les Ukrainiens, les Russes ont déjà perdu, entre autres, 145 hélicoptères soit le nombre des hélicoptères de combat français, 163 avions soit près du nombre de Rafale de l’armée de l’Air et de la Marine, 762 chars soit trois fois le parc de chars Leclerc français, 371 canons soit l’équivalent de notre parc d’artillerie...
Il est clair que pour tenir un choc de cette ampleur, même de courte durée, il faudrait aux forces françaises davantage de "masse", qu’elle soit de type masse opérationnelle, effectivement disponible et déployable dans l’espace-temps voulu pour forcer la décision sur le champ de bataille, ou de type masse brute ou masse "en puissance", qui constitue le réservoir total de forces à partir duquel est générée la force opérationnelle.
Scruter le déroulement de la guerre d’Ukraine ne peut conduire qu’à une prise de conscience douloureuse de la fragilité militaire tricolore. "On est encore un peu tendres et un peu innocents sur ce que représente la haute intensité", estime sobrement un militaire français. Aux yeux de certains autres, il vaudrait certainement mieux, comme l’estime le général Burkhard, "gagner la guerre avant la guerre". D’où l’importance du faire savoir et d’une bonne communication.