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Coëtquidan, une académie militaire à l'heure ukrainienne


BTX

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http://lignesdedefense.blogs.ouest-france.fr/archive/2023/01/30/coetquidan-une-academie-a-l-heure-ukrainienne-23639.html

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La guerre en Ukraine n'est pas sans influence sur l'armée de Terre française qui en suit le développement avec intérêt. Cette guerre a aussi un impact sur les élèves-officiers des trois écoles de l'Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan. Le général Hervé de Courrèges, à l'aune de ce conflit de haute intensité, a l'ambition de mieux former des élèves officiers qui devront raisonner et décider en tant que chefs (photos AMSCC). Il explique.

Saint-Cyr n’ignore pas la guerre en Ukraine. Comment est-elle vécue ?
Sans cynisme aucun, quelle merveilleuse opportunité de découvrir une guerre moderne (au sens où il y a une dilatation de tous les espaces de conflictualité) devant nos yeux et de la voir se faire loin de nos frontières. L’officier qui aujourd’hui ne s’intéresserait pas à ce conflit pour nourrir sa réflexion et pour construire le modèle futur de l’engagement qui sera le sien, ce serait un mauvais officier. A quelque niveau que ce soit, du général au dernier des élèves.
D’ailleurs, quand malheureusement cette guerre s’est déclenchée en février 2022, nos élèves se sont empressés d’ouvrir des salles de crise pour se nourrir au lait des informations dont ils disposaient dont tout particulièrement celles venant du Centre du renseignement Terre de Strasbourg qui alimente nos élèves en publications en diffusion restreinte.

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Et vous personnellement ?

Outre l’opacité du champ de bataille, ce qui m’a surpris dans cette guerre, c’est ce qui passe dans les airs. C’est quand même tout nouveau. Depuis 2005, on a dit : les feux dans la profondeur de l’armée de Terre, ça ne sert à rien et on va faire un modèle capacitaire complet qui fera que tout sera délivré par la capacité aérienne. Nous nous étions habitués à avoir toujours une couverture aérienne et à avoir une délivrance des feux dans la profondeur par nos amis aviateurs. Désormais nous avons un espace aérien occupé aussi par des drones, par des trajectoires balistiques d’artillerie. Ma remarque vaut autant pour l’armée de l’Air et de l’Espace que pour l’ALAT.
Moi, en tant que fantassin, je découvre que ce qui se passe au-dessus de moi, je n’en ai plus la maîtrise. En termes de protection et de vigilance permanente, ce qu’on appelait la lutte aérienne toutes armes, revient complètement dans la préoccupation du soldat. Et ça sur la manière dont on conçoit les choses, puisque l’on fait du combat aéroterrestre, on ne peut pas vivre sans les autres.
C’est une très grosse surprise.

Cette guerre, mais aussi le retour de la haute intensité, font-ils évoluer la formation ?
Tout d’abord il s’est agi d’interroger notre "client opérationnel", c’est-à-dire de savoir ce qu’attend l’armée de Terre d’élèves qui vont pour les dix, vingt, trente, quarante prochaines années s’engager dans un métier pour lequel ils ont besoin d’être armés. Nous avons l’an dernier interrogé l’armée de Terre qui a défini les compétences attendues d’un élève quand il sort de cette école.
Par ailleurs, nous avons interrogé ce que font nos concurrents, adversaires, ennemis. Donc il faut un peu plus creuser et un peu plus cultiver l’appréhension de ce que sont actuellement nos futurs compétiteurs.
Nous avons aussi révisé l’ensemble du corpus de formation que nous délivrons ici pour redéfinir les types d’enseignement qui vont être dispensés et mieux les intégrer entre la formation académique et la formation militaire, dans une logique prospective c’est-à-dire pour éviter qu’il y ait d’un côté un enseignement académique, de l’autre un enseignement militaire, et par ailleurs un enseignement au commandement. Structurellement, ce sont les trois piliers de la formation qu’il faut rapprocher pour unifier les enseignements.
Tout cela est nourri par le lien entre formation et recherche puisque nous avons la chance d’avoir le Centre de recherche de Coëtquidan qui contribue à cette vision prospective. Voilà pour le fond.

Et sur la forme ?
Nous revoyons tout ce processus de formation. La dernière fois qu’une telle transformation a eu lieu, c’était en 2002, lors du processus de Bologne sur la semestrialisation. Vingt ans après, soit une génération, nous sommes en train de tout remettre à plat pour construire un nouveau modèle pédagogique. Y compris dans la pédagogie d’enseignement puisqu’un élève d’aujourd’hui n’est plus enseigné comme ses prédécesseurs. Il doit l’être par des méthodes modernes, plus orientées vers le numérique, assurément tournées vers le collectif et non pas vers la performance individuelle et plutôt dans une logique que je qualifie « d’escape game académique », c’est-à-dire que je définis le point de sortie et je fais rentrer dans des pièces successives pour lesquelles les clefs me seront données par des connaissances fondamentales et une capacité à raisonner.

Quels sont les besoins clients évoqués plus tôt?
De la rusticité, des connaissances dans le discernement soit liées aux sciences de l’ingénieur, soit liées aux sciences sociales et politiques, pour créer un terreau de culture générale commun que l’on appelle l’enseignement fondamental de l’officier.
De l’aptitude au commandement qui avait été par le passé un peu passée sous le boisseau car chassée par le poids de l’académique. On a donc rehaussé l’exigence pour discerner qu’elle est l’aptitude au commandement d’un élève qui sort de cette école. Il existe désormais un "passeport autorité" qui fait qu’à chaque fois qu’un élève est mis en situation de commandement, dans toutes les situations de chef de classe, de chef groupe, de responsable d’un projet de promotion, on juge ses aptitudes fondamentales à commander demain.
Du durcissement, c’est-à-dire qu'il faut durcir les corps en les éprouvant sur le terrain, sans pour autant multiplier les stages commando, et mieux durcir les esprits. Tout ça pour raisonner exact dans un champ de bataille de plus en plus opaque et pour décider en tant que chef, ce qui parfois signifie sacrifier et renoncer.

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Les trois écoles sont-elles concernées ?
L’école spéciale militaire de Saint-Cyr (ESM), l’école militaire interarmes (EMIA) et l’école militaire des aspirants de Coëtquidan (EMAC) le sont toutes. Elles ont les mêmes défis à faire relever aux élèves. Des défis d’humanité, de combativité, d’autorité et de complexité.
Mais ces défis sont relevés à des niveaux différents.
Vous n’enseignez pas à un Saint-Cyrien de 20 ans qui sort de classe préparatoire et qui a vocation à être éprouvé dans son aptitude au commandement, comme vous enseignez à un élève de l’EMIA, ancien militaire du rang et sous-officier qui a déjà une expérience de l’autorité soit parce qu’il l’a subie soit parce qu’il l’a exercée. Le premier doit relever les défis d’humanité et de d’autorité et le second ceux d’autorité et de complexité.
Et vous ne faites pas la même chose avec un jeune diplômé de l’université de 25 ans de l’EMAC qui a une maturité différente et qui, des quatre défis à relever, aura lui à relever ceux de combativité et d’autorité.

Et la dimension technologique ? Comment est-elle prise en compte ?
Pour l’armée de Terre, c’est un sujet de fond. On n’est pas en avance mais on est monté dans le train.
L’armée de Terre n’est pas une armée d’équipements à la différence de ses sœurs de la Marine et de l’armée de l’Air et de l’Espace. Elle a traditionnellement nourri soit une vision romantique, soit une vision technologique de la guerre. Mais ces deux visions, je les mets dans l’ordre de préséance dans cette armée de Terre plutôt tourné vers le Verbe, vers l’histoire militaire, vers la philosophie, vers le « beau geste », plutôt que vers l’aridité des sciences de l’ingénieur. Ça pèse, tout comme les traditions qui font qu’historiquement, Saint-Cyr a été construite comme l’école qui fournissait les fantassins et les cavaliers, polytechnique fournissant alors les artilleurs et les sapeurs.
L’armée de Terre n’a pas été des plus en avance par rapport aux deux autres armées. Elle est en train de rattraper le retard avec une très forte volonté de ses chefs qui sont désormais plutôt de culture sciences de l’ingénieur.
Ici, grâce aux pôles de formation du CREC sur l’intelligence artificielle, le cyber, la mécanique, l’électronique, on forge aujourd’hui ce profond lien entre la recherche et la formation pour que nos élèves aient la capacité à s’engager sur l’avenir et aient envie d’aller sur une aventure intellectuelle.

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Ya Rab Yeshua.

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