https://www.opex360.com/2026/06/15/larmee-de-lair-va-deployer-des-drones-mq-9a-reaper-en-corse-pour-repondre-aux-sollicitations-de-lotan/
Depuis que l’opération Barkhane, menée contre les groupes armés terroristes de la bande sahélo-saharienne, est terminée, les douze drones MALE [Moyenne Altitude Longue Endurance] MQ-9A Reaper de la 33e Escadre de surveillance, de reconnaissance et d’attaque [ESRA] n’ont plus l’occasion d’effectuer les missions pour lesquelles ils avaient été acquis auprès du groupe américain General Atomics en 2013. Et il est peu probable qu’ils soient engagés dans un conflit dit de haute intensité, à moins de consentir, comme l’a fait l’US Air Force en Iran, à en perdre une bonne partie.
D’ailleurs, le projet d’actualisation de la Loi de programmation militaire [LPM] 2024-30 suggère que ces MQ-9A Reaper seront retirés du service à l’horizon 2035 pour être remplacés par une «capacité MALE de théâtre». En outre, il semble sonner le glas pour le drone MALE européen [l’EuroDrone], alors que cet appareil, certes imposant, pourrait être utilisé pour des missions de surveillance maritime, comme le souligne désormais Airbus.
Justement, en 2021, l’armée de l’Air & de l’Espace [AAE] avait engagé l’un de ses Reaper dans la mission navale EUNAVFOR Irini, menée sous l’égide de l’Union européenne afin de faire respecter, entre autres, l’embargo sur les armes décidé par les Nations unies à l’encontre de la Libye.
«Télépiloté depuis la France […], ce drone a évolué dans des corridors aériens dédiés jusqu’en Méditerranée centrale. Ce vol réaffirme l’attachement de la France et de ses alliés au respect du droit international dans la région», avait expliqué l’État-major des armées [EMA], en évoquant une mission «exploratoire» pour les Reaper de l’AAE [ceux de l’Aeronautica Militare étaient déjà rompu à ce type de mission, ndlr].
Récemment, les Nations unies n’ont pas renouvelé le mandat de l’opération EUNAVFOR Irini pour faire respecter l’embargo sur les armes imposé à la Libye. Pour autant, celle-ci va changer de nature et se concentrer désormais sur la «flotte fantôme» utilisée par la Russie pour exporter ses hydrocarbures.
Les Reaper de la 33e ESRA vont-ils de nouveau être sollicités pour cette nouvelle mission confiée à EUNAVFOR Irini ? Peut-être… En tout cas, ils n’auront plus à survoler le sud de la France pour rejoindre leur zone de patrouille. En effet, le 12 juin, l’AAE a indiqué, via le réseau social X, que la base aérienne 126 «Capitaine Preziosi» de Ventiseri-Solenzara [Haute-Corse] disposait désormais des infrastructures nécessaires à la mise en œuvre de ces drones.
«Face aux exigences opérationnelles croissantes des missions de renseignement, notamment pour l’Otan, l’armée de l’Air & de l’Espace renforce son dispositif avec la création d’une capacité d’accueil ‘Reaper’ sur la BA 126. Ce point d’appui permet un gain de 4 à 5 heures de présence sur zone par mission», a-t-elle en effet indiqué. Pour rappel, un MQ-9A dispose d’une autonomie de 30 heures.
En clair, a encore souligné l’AAE, il s’agit de renforcer les capacités ISR [renseignement, surveillance, reconnaissance] en Méditerranée afin de «contribuer à la stabilité régionale et protéger les voies de navigation». À noter que, si les avions de surveillance maritime Falcon 50 de la Marine nationale ne sont pas armés, ce n’est pas le cas des Reaper. Ce qui peut toujours offrir une option supplémentaire, le cas échéant.
Aménagé par le 25e régiment du génie de l’Air [RGA], ce « plot, complètement équipé, permettra d’accueillir sous très faible préavis, et avec une empreinte logistique réduite, le drone Reaper, tout en étant piloté soit depuis Cognac, soit depuis Solenzara», a précisé, plus tard, le général Fabrice Fayet, le commandant de la Brigade aérienne connaissance et anticipation [BACA].
Armé de façon régulière, ce plot «offrira aux personnels de la 33e ESRA des conditions optimales d’accueil dans une zone sécurisée, à proximité immédiate de la piste», a-t-il ajouté.
Ce gain de temps permis par ce «plot Reaper» en Corse sera «transformé en capacité ISR réelle», ce qui permettra d’augmenter le volume de renseignements collectés, a conclu l’AAE.
Photo : AAE